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Une remise en question permanente pour limiter l’emploi des antibiotiques


Pour composer un troupeau de vaches sain, il faut commencer par soigner le veau. L’exploitation Savary-Delabays - Seydoux, à Sâles (FR), l’a bien compris et mise tout sur l’élevage des jeunes. Les diverses mesures ont permis de réduire les antibiotiques.


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Sur l’exploitation Savary-Delabays-Seydoux, on ne cesse de se réinventer lorsqu’il s’agit d’améliorer la santé des veaux. Les éleveurs prennent constamment de nouvelles mesures pour limiter les infections. «Notre première stabulation datait de 2004 et nous avions fait des boxes pour les veaux dans les anciennes écuries des vaches. Le climat d’étable n’était pas bon et nous avions des problèmes de pneumonies et de transmissions de diarrhées», indique Alec Savary. En 2016, ils ont acheté 16 igloos d’un coup, pour un troupeau de 70 vaches, disposés sur des pavés pour qu’ils ne soient pas dans un environnement humide.

Depuis, les cas de pneumonie ont baissé et la transmission de diarrhées aussi. En 2019, une nouvelle ferme a été construite et le système des igloos qui a fait ses preuves a été maintenu. Par contre, les pavés difficiles à nettoyer ont été remplacés par une dalle en béton avec une pente de 5% pour permettre l’écoulement des jus. Pour 140 vaches, il y a désormais 36 igloos. Alec Savary prévoit un vide sanitaire de trois semaines. «Si je ne peux pas respecter ce vide, je désinfecte l’igloo mais on remarque tout de suite des différences sur la santé des veaux», constate l’éleveur.

Bâtiment adapté
Avec la construction de la stabulation, les exploitants ont profité d’améliorer le confort du boxe de vêlage. L’ancien était difficile à laver et manquait de lumière; le nouveau, situé à l’entrée du bâtiment, profite de la lumière et d’un accès direct. Il est recouvert de tapis pour aider les vaches à se lever et paillé modérément afin de pouvoir être nettoyé régulièrement (chaque semaine au jet et tous les deux mois au nettoyeur à haute pression). Cette mesure a permis de réduire le nombre de nombrils infectés et de diarrhées des premiers jours. «Avant de penser à la vache, il faut d’abord se soucier du petit veau et cela dès la naissance. C’est pourquoi, nous avons réfléchi au confort à chaque étape en construisant la ferme», souligne Alec Savary.

 
 

 
Colostrum de qualité
Depuis 2020, les vaches taries reçoivent un aliment spécial trois semaines avant le vêlage. Il est composé de sels anioniques pour prévenir la fièvre du lait et d’antioxydants pour renforcer le système immunitaire de la vache, avec répercussion sur la qualité du colostrum. D’ailleurs, tous les colostrums sont pesés (quantité de gammaglobulines) afin de déterminer le niveau de protection du veau. Cela permet aussi aux éleveurs de congeler les meilleurs lots pour une utilisation future. Les veaux sont sondés depuis 2018 dans leur première heure de vie. Ils reçoivent 4 litres de colostrum afin de toucher toutes les parois. Depuis trois mois, les vaches sont aussi vaccinées au tarissement contre les diarrhées.
 

Le taxi-lait est utilisé depuis 2021. «Il détecte chaque veau grâce à un capteur et calcule en fonction la quantité de lait et de poudre. Le mélange est ainsi stable et adapté», indique Alec Savary. Il débute à 7 litres par jour puis monte à 9 litres après deux semaines. «Je préfère donner beaucoup au départ pour qu’il devienne plus vite costaud.» Les bidons sont attribués toujours au même veau et les tétines sont jetées après chaque individu afin qu’elles gardent une dureté suffisante pour favoriser la salivation des veaux et aider à leur digestion.

L’objectif est un poids au sevrage de 100 kilos (environ soixante jours). Ils reçoivent également un mash maison, composé de luzerne, flocon de maïs, maïs moulu, pulpe de betteraves, protéines, aliment de production et minéraux. Au sevrage, ils rejoignent des igloos collectifs mais les groupes restent limités à 3 ou 4 individus. Avec le milk-bar, ils reçoivent encore 4 litres de lait pendant une semaine puis 2 litres et finalement 1 litre par jour. La transition est progressive pour que le veau s’habitue bien au mash. Quant aux veaux mâles, ils restent deux semaines sur l’exploitation avant de partir chez un oncle.
 

Du temps et de l’argent
Dans l’ancienne étable, le vétérinaire venait presque chaque semaine et quand un veau avait la pneumonie, tout le lot était traité préventivement. Aujourd’hui, le vétérinaire ne vient presque plus. «Nous avons acheté du matériel, nous changeons toutes les tétines, nous paillons énormément les igloos, nous avons ajouté de l’aliment et des vaccins, nous utilisons des sachets à usage unique pour la sonde de lait, etc. Les investissements pour les veaux sont conséquents mais je suis certain que nous sommes gagnants», souligne l’éleveur qui compte deux heures par jour pour soigner le jeune bétail et assurer en permanence un niveau d’hygiène élevé. Ils vérifient par exemple chaque semaine que la teneur en matière sèche de la poudre de lait soit toujours à 13,5%.
Sarah Deillon, le 4 novembre 2022. 

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Soutenir la création de l’immunité
Une importante sensibilisation face à l’emploi des antibiotiques a été effectuée cette dernière décennie et depuis deux ans, chaque utilisation doit être enregistrée. Ces mesures ont payé puisque les quantités ont diminué de moitié entre 2011 et 2021. «La majorité des vétérinaires et éleveurs sont conscients de l’importance de la réduction de l’usage des antibiotiques et essayent de les utiliser de manière ciblée», relève Lara Moser, vétérinaire en pratique mixte à Courgenay (JU) et responsable Romandie du Service sanitaire veaux suisse.

Pour limiter les traitements, la praticienne mentionne 2 axes principaux: la prévention et une meilleure identification du problème. Chez les jeunes animaux, beaucoup de progrès ont été réalisés au niveau des diarrhées. «Certaines diarrhées sont dues à des bactéries mais la plupart sont liées à des virus ou parasites et l’antibiotique n’est pas utile. Il est donc important de bien identifier le problème.» La cause première des pneumonies est souvent aussi virale mais les bactéries profitent de l’affaiblissement du veau pour s’installer. «Les bovins ont des poumons faibles et la vache peut en pâtir à vie si on ne traite pas. La prévention est donc primordiale», constate Lara Moser. Il est aussi plus difficile d’identifier la cause de la pneumonie car il faut prélever du liquide dans les poumons.

Pour la prévention, la vétérinaire cite la nutrition, l’hygiène, le climat et le colostrum mais précise que seule une combinaison de ces facteurs peut être efficace. «Le colostrum a une importance capitale. Sitôt après la naissance, le veau boit souvent mieux que les heures qui suivent, il ne faut pas rater le coup. Et le jeune qui cherche à téter dans le boxe va rencontrer des pathogènes avant qu’il n’ait pu ingérer les anticorps protecteurs du colostrum. On a longtemps dit qu’il fallait donner 6 litres de lait par jour mais le veau est sous-nourrit en faisant ainsi et risque d’être plus vite malade.»

Au cas par cas
Pour Lara Moser, il n’est pas possible de définir à partir de quand un veau doit être soigné car cela dépend de l’individu. «Le veau chétif de naissance sera plus vite aidé que son voisin costaud. L’état général influence d’ailleurs plus que la température corporelle. Un veau qui ne boit plus avec 39°C est plus inquiétant qu’un autre qui mange bien mais qui a 39,7°C.» La vétérinaire encourage les éleveurs à se tourner vers ses confrères pour élaborer des schémas de traitement adaptés à chaque exploitation.

La situation est différente pour les veaux d’engraissement, très touchés par les pneumonies. «Les veaux d’engraissement sont transportés puis détenus dans de grands groupes, ils sont plus exposés que les veaux d’élevage. Le stress et le fait de mélanger des animaux sont des facteurs connus mais notre système actuel ne permet pas d’y remédier. La pratique vétérinaire se heurte là au fonctionnement de l’industrie.»

Immunité naturelle
Le veau naît sans aucune immunité et doit tout apprendre. Le vétérinaire Yves van Vaeck, ancien praticien en France et revendeur pour la société Nutral, parle de deux axes (voir le schéma ci-contre). D’abord l’immunité passive que le veau acquiert grâce à l’apport de colostrum. Cette immunité va tomber à 0 à environ 2 mois d’âge (variable selon le niveau du colostrum au départ et s’il rencontre des pathogènes). Ensuite l’immunité active que le veau va se créer dès ses premiers jours de vie.
 

Lorsque les courbes se croisent, à environ 30 jours, le veau connaît un déficit immunitaire. «Et malheureusement, c’est souvent à cette période qu’on le change de bâtiment, qu’on l’écorne, qu’on le vaccine, etc. Il est beaucoup mis à contribution et ce n’est justement pas le bon moment», relève le vétérinaire qui précise qu’il est possible de changer la situation en tentant d’améliorer la courbe de l’immunité active. «Ce creux immunitaire ne peut pas être évité mais on peut essayer de l’atténuer en faisant en sorte que les courbes se croisent plus tôt, lorsque l’immunité passive est un peu plus haute.» Il travaille avec des produits naturels et précise que les compléments alimentaires peuvent aussi aider le jeune veau.

Jean-François Ecoffey, de la firme LGC SA, rappelle que chaque changement est un choc pour le veau et qu’il faut essayer de l’aider au maximum. «On ne le voit pas visuellement mais les veaux peuvent aussi faire de la jaunisse, indicatrice d’un mauvais fonctionnement de leur foie. Ce dernier doit être stimulé pour pouvoir passer d’un approvisionnement sanguin à une alimentation liquide.»

Préserver la flore
Pour Yves van Vaeck, l’utilisation d’antibiotiques ne devrait jamais être systématique et ne pas se faire en traitement sélectif. «Les antibiotiques agissent aussi sur les bonnes bactéries, notamment celles de l’intestin et ce dernier est responsable de la moitié de la santé. Une intervention peut donc davantage fragiliser le veau que le soigner. En lui enlevant une partie de sa flore, on l’empêche de faire son immunité. Et il faut ensuite plusieurs semaines pour rétablir la situation. L’équilibre est fragile sur une longue période et c’est pour cela que l’on voit souvent des veaux rechuter.»
SD, le 4 novembre 2022. 

 

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