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Attention à ne pas faire pâturer le sorgho à un stade trop précoce


En Italie, un troupeau a été décimé après avoir consommé du sorgho trop jeune. Moyennant le respect de certaines limites, il est possible de profiter des qualités de cette graminée fourragère sans risque pour la santé du bétail.


dossier sorgho


Sur les réseaux sociaux, les images chocs ont fait le buzz: des vaches piémontaises gisant dans une pâture de sorgho. Le 6 août 2022, ce ne sont pas moins de cinquante vaches de race piémontaise d’un élevage de Sommariva del Bosco, près de Turin (I) qui ont ainsi péri au pâturage. La cause de ce carnage est une intoxication aiguë au cyanure d’hydrogène. Ce poison est produit par la dégradation, dans le système digestif des animaux, de la dhurrine, une substance présente naturellement dans divers végétaux et en particulier dans le sorgho.

Après l’ingestion d’une trop grande quantité de dhurrine, les symptômes apparaissent rapidement, en 10 à 15 minutes, et évoluent en troubles respiratoires, nerveux et musculaires. Les animaux sont alors pris de tremblements, de convulsions et la mort survient généralement moins d’une demi-heure après l’apparition des premiers signes de l’intoxication. L’unique moyen d’éviter cette issue fatale est d’injecter rapidement aux animaux intoxiqués du thiosulfate de sodium, qui a pour effet de neutraliser le cyanure. Grâce à cet antidote, une trentaine de bovins ont pu être sauvés le 11 août, lorsque trois nouveaux élevages du Piémont ont été touchés par le même phénomène, qui a tout de même fait périr 14 autres vaches.

La dose fait le poison
En temps normal, les quantités de dhurrine présentes dans le fourrage ne suffisent pas à intoxiquer le bétail. Mais à Sommariva, les analyses du sorgho pâturé ont mis en évidence des concentrations de dhurrine anormalement élevées.

Les raisons exactes de ces taux élevés doivent encore être éclaircies, mais il semblerait que la sécheresse de cet été ait joué un rôle prépondérant. L’hypothèse la plus probable est que la dhurrine serve de moyen d’autodéfense pour les plantes, et particulièrement pour les jeunes pousses qui en contiennent davantage. Subissant un important stress hydrique, le sorgho aurait réagi en augmentant ses défenses naturelles et, donc, ses taux de dhurrine.

Pas une nouveauté
«La problématique de la dhurrine dans le sorgho est bien connue et documentée, notamment en France, par l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et l’Institut de l’élevage (Idele)», commente Pascal Rufer, conseiller agricole responsable du secteur Production animale de Proconseil. «Ce n’est d’ailleurs pas la seule plante fourragère qui peut, dans certaines conditions, s’avérer toxique.» Le Vaudois rappelle que l’affouragement de trèfle, de luzerne ou de colza fourrager doit aussi faire l’objet de précaution. «Les exploitants connaissent ces plantes et sont au courant de leurs limites. Ils font attention et tout se passe bien», poursuit Pascal Rufer. «Le sorgho, lui aussi, est une plante que nous devons apprivoiser, sans la rejeter pour autant.»

Monocoupe ou multicoupe
Il existe deux stratégies différentes d’utiliser le sorgho pour le bétail. L’éleveur peut opter pour un sorgho monocoupe, qu’il affouragera soit en vert, soit en ensilage, ou il peut choisir un sorgho multicoupe, généralement à pâturer. Le sorgho monocoupe est une alternative au maïs, particulièrement intéressante en conditions sèches. Quant au sorgho multicoupe, il peut être mis en place, par exemple, lors du renouvellement d’une prairie. Il est alors semé après une à deux utilisations printanières de l’ancienne prairie, pâturé deux à trois fois, avant la mise en place d’une nouvelle prairie.

Affourager le sorgho sans risque
Très spectaculaires, les intoxications de bétail par le sorgho, comme celles de cet été dans le Piémont, sont heureusement très rares. Les images de cet incident montrent des vaches dans une grande parcelle de sorgho pur, relativement petit.

Avant tout, il convient de ne pas affourager du sorgho trop jeune. «La littérature dit qu’il faut attendre que les plantes atteignent 60 cm pour les faire pâturer», explique Pascal Rufer. «Plus prudents encore, nous recommandons même de n’affourager du sorgho qu’à partir de 80 centimètres.»

Il faut aussi éviter que les animaux puissent manger les jeunes repousses. Pour ce faire, les vaches ne doivent pas pâturer trop longtemps la même surface. «Nous conseillons aussi d’utiliser un fil arrière», relève Pascal Rufer.

Enfin, les agriculteurs suisses utilisent le sorgho en complément d’autres plantes fourragères. «Nos rations ne sont jamais composées uniquement de sorgho», souligne Pascal Rufer. «Cela limite aussi grandement les risques.»

Si les événements de cet été vont certainement inciter les éleveurs à la prudence, ils ne doivent pas pour autant les faire renoncer à l’utilisation de cette graminée fourragère.
Vincent Gremaud, 2 septembre 2022


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ESSAIS MENÉS PAR LA FILIÈRE DU GRUYÈRE AOP

L’Interprofession du Gruyère (IPG) a mandaté Grangeneuve et Agroscope, unis au sein du Centre de compétences pour les produits à base de lait cru, pour savoir si l’affouragement de sorgho pouvait être conseillé aux producteurs de lait de Gruyère.

L’été passé, la moitié des vaches de Grangeneuve a reçu une ration contenant du sorgho. Les conditions humides de 2021 n’ont pas été favorables au sorgho. Le piétinement des terres assolées et humides a sali le fourrage. Si les résultats détaillés n’ont pas encore été rendus public, François-Lionel Humbert, conseiller agricole en production animale de Grangeneuve, révèle qu’il n’y a pas eu de conséquences majeures sur la production laitière et que les vaches ont volontiers consommé ce fourrage.

Fromages testés
Avec le lait des vaches ayant reçu du sorgho, du fromage a été fabriqué afin de constater si cette plante tropicale pouvait avoir des conséquences sur la qualité des meules de Gruyère AOP.

«Nous attendons encore les conclusions d’Agroscope», indique Philippe Bardet, directeur de l’IPG, qui précise que les résultats doivent faire l’objet d’une présentation lors du prochain comité de l’IPG. «Il conviendra ensuite d’en tirer des conclusions et, éventuellement, élaborer une fiche technique à destination de nos producteurs.»

Le directeur dit espérer une publication d’ici la fin de l’année. «A ma connaissance, les chercheurs n’ont mis en évidence aucun problème de goût ni de qualité de la pâte», lâche-t-il.

Mais Philippe Bardet appelle à la prudence et à garder la tête froide. «L’affouragement de sorgho peut s’avérer intéressant mais, comme toute nouveauté, il me semble primordial de mener des essais scientifiques avant d’y recourir à large échelle», explique-t-il. «D’autres produits laitiers mettent en avant des nouveautés d’affouragement dans des opérations de marketing qui ne reposent, malheureusement sur rien de fondé. Nous ne voulons pas de cela dans la filière du Gruyère AOP.»

Le directeur de l’IPG souhaite aussi éviter d’associer des images telles que celles du Piémont à celle du Gruyère AOP.

Sorgho déjà utilisable par les producteurs
Les producteurs de lait servant à la fabrication de Gruyère AOP n’ont pas besoin d’attendre une éventuelle décision de leur interprofession pour affourager du sorgho à leurs animaux.

«Ni notre Cahier des charges ni notre Guide des bonnes pratiques ne mentionnent directement le sorgho comme étant une plante fourragère acceptée dans notre filière», explique Philippe Bardet. «Mais comme il s’agit d’une céréale fourragère, elle peut, sans autre, être distribuée en tant que telle.»
VG, 2 septembre 2022


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DIVERSIFIER LA PRODUCTION FOURRAGÈRE

Utilisés en monocoupe ou en multicoupe, les sorghos fourragers comprennent différentes espèces du genre Sorghum. Originaires des régions de l’Afrique de l’Est, ces plantes sont sensibles au froid. Proches du maïs, elles résistent mieux à la sécheresse grâce à leur système racinaire. En multicoupe, le sorgho du Soudan peut substituer une prairie alors qu’en monocoupe, le sorgho est plutôt une alternative au maïs.

«L’objectif à viser n’est clairement pas de remplacer toutes les prairies par du sorgho», précise François-Lionel Humbert, conseiller agricole en production animale de Grangeneuve. «Il s’agit davantage de diversifier la production fourragère en consacrant une partie de la rotation des prairies au sorgho.» En misant sur une plante résistante au sec, l’agriculteur peut s’assurer une certaine production de fourrage, même en cas de sécheresse.

«C’est une plante tampon, complémentaire aux autres fourrages, qui permet aussi de maintenir un système basé sur la pâture durant les mois de juillet et d’août, lors d’étés présentant un déficit hydrique important», souligne François-Lionel Humbert.
VG, 2 septembre 2022

 

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