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Les cépages de demain permettront de réduire les intrants phytosanitaires


Le divico est à peine planté en Suisse que la génération suivante est déjà en train de voir le jour. La recherche met désormais l’accent sur des variétés de cépages avec une résistance absolue et naturelle aux maladies fongiques.

Il est encore trop tôt pour savoir si le divico aura le même succès auprès des consommateurs que le gamaret, son antécédent génétique. Mais une chose est sûre, de nombreux viticulteurs suisses sont déjà convaincus de son potentiel et prévoient de le planter dans les prochaines années. Résistant à la pourriture et au mildiou, peu sensible à l’oïdium, ce cépage interspécifique n’a besoin que d’un à trois traitements phytosanitaires par an, voire d’aucun dans certaines régions sèches comme le Valais. Un avantage considérable du point de vue écologique, économique et de celui de la santé des vignerons, exposés régulièrement aux fongicides.
 
  L'arbre généalogique du divico montre l'influence des variétés d'origine américaine (notées en rouge).

Résistances absolues
Le divico, comme le gamaret avant lui, a été obtenu il y a une vingtaine d’années par le centre de recherche agronomique Agroscope à Pully. Après les programmes de création de cépages métis et de cépages interspécifiques, Agroscope travaille depuis 2009 à la troisième étape dans ce domaine, à savoir la sélection de cépages présentant des résistances pratiquement absolues aux principales maladies fongiques de la vigne. Cette démarche vise également à garantir une stabilité des résistances à long terme. Ce projet est mené en collaboration avec l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) de Colmar.
 

«Nous étudions la possibilité de cumuler les facteurs de résistance qui viennent de provenances très différentes», explique Jean-Laurent Spring, chercheur à la station Agroscope de Pully. «Plus exactement, ce ne sont pas des gènes mais des segments du génome (appelés QTL) associés à la résistance. L’INRA de Colmar possède des lignées avec des QTL de résistances issues de Vitis rotundifolia, faisant partie d’un sous-genre américain de Vitis qui confère des résistances pratiquement absolues au mildiou et à l’oïdium. On les a croisés avec nos lignées, qui possèdent de leur côté des QTL provenant de bronner. Après génotypage, nous n’avons retenu que les individus qui avaient reçu l’ensemble de ces différents facteurs de résistances, pour obtenir des résistances encore plus élevées que dans le cas des interspécifiques classiques.»

Essais prometteurs
Une première parcelle de 80 nouvelles variétés, issues des premiers croisements réalisés en 2009, a été plantée en 2012 à la station de Pully (ainsi qu’à Colmar) et n’a reçu aucun traitement. A part quelques traces de black-rot, aucune maladie n’a été observée. D’un point de vue ampélographique, l’aspect visuel suffit déjà à faire un premier tri parmi les candidats. Certains ne présentent que très peu de grappes, ou pas du tout, d’autres ont un port anarchique.

Ceux qui se développent correctement feront l’objet de microvinification pendant quatre ou cinq années successives, afin d’évaluer leur potentiel œnologique. Les plus intéressants seront alors multipliés sur d’autres sites expérimentaux, soumis à des conditions climatiques différentes. Les agronomes ne cherchent pas à sélectionner uniquement pour la Suisse, mais potentiellement pour l’ensemble des régions viticoles.

Immenses espoirs
Une deuxième population de 130 nouvelles variétés sera plantée cette année et une troisième de 160 individus sera mise en champ en 2017.

«On espère qu’il va sortir quelques cépages intéressants de tous ces croisements», dit Jean-Laurent Spring. «On a d’immenses espoirs. On met le plus d’atouts possibles de notre côté pour obtenir des résistances qui soient très stables et encore plus élevées que celles obtenues pour le divico.»

Entre la réalisation des premiers hybrides au laboratoire et l’homologation d’un nouveau cépage proposé aux vignerons, il faut compter environ quinze à vingt ans. Les compagnons du divico issus de ce nouveau programme devraient pouvoir être l’objet d’une homologation d’ici douze à quinze ans.
Alain-Xavier Wurst, 7 août 2015
 

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MULTIRÉSISTANCES AUX MALADIES FONGIQUES

Issu d’un croisement gamaret x bronner, le divico est le fer de lance du deuxième programme d’Agroscope mis en place en 1995. Si l’on considère son arbre généalogique, les croisements en amont ont été réalisés au XIXe siècle à partir de variétés sauvages (marquées en rouge dans l’arbre généalogique) d’origine américaine ou asiatique. On a ainsi introgressé des gènes de résistance dans des vignes européennes, lesquelles ont ensuite été croisées sur un grand nombre de générations avec des vignes européennes, afin d’augmenter le pourcentage de sang européen. Les critères de résistance ont été sélectionnés à chaque étape.

«Au bout de plusieurs générations de rétrocroisements, on trouve essentiellement des gènes de la vigne européenne dans le génome de ces variétés. On a donc des cépages qui possèdent les gènes de résistance de la vigne sauvage, mais qui ampélographiquement ont conservé le potentiel qualitatif des cépages européens. C’est tout l’intérêt de la chose», explique Jean-Laurent Spring d’Agroscope.

Plus de 30 000 croisements
«Nous avions une bonne expérience du gamaret, on sait qu’il est intéressant pour transmettre sa résistance à la pourriture. L’objectif prioritaire était aussi d’avoir des cépages adaptés aux conditions de production suisses. Le bronner présentait des résistances élevées et stables au mildiou et à l’oïdium dans nos conditions. On a déjà fait plus de 30 000 croisements, 60 combinaisons différentes, qui n’incluent pas seulement le bronner, et on continue. Chaque année nous faisons de nouveaux croisements. On homologue les premiers candidats des premiers croisements qui ont eu lieu il y a vingt ans.»

Un cépage blanc n’est pas encore homologué mais se trouve quant à lui en phase de préhomologation. Il s’agit du croisement symétrique de celui du divico: bronner (mère) x gamaret (père), alors que le divico est issu de gamaret (mère) × bronner (père). Les scientifiques ne savent pas encore vraiment si la résistance au mildiou et à l’oïdium se transmet mieux lors­qu’elle est apportée par la mè­re ou par le père.

Avant même qu’il ne soit homologué, le divico a été planté par des vignerons intéressés par cette démarche dans une trentaine de parcelles réparties dans les différentes régions viticoles de Suisse.

Cépage précoce, ses qualités œnologiques le rapprochent du gamaret et lui offrent un haut potentiel pour composer des vins de cépages ou des assemblages. «Je l’ai goûté en vinification d’essai à Agroscope à l’aveugle, je l’ai toujours trouvé excellent», dit Christian Guyot, vigneron à Bernex. «Le bouquet, la qualité en bouche, l’équilibre, la matière des
tannins, j’ai été à chaque fois convaincu. Son impact environnemental réduit représente aussi un attrait supplémentaire pour le public. Il est selon moi aussi bon que le gamaret, un cépage que les vignerons et les consommateurs aiment bien, et en plus, on n’a pas besoin de traiter. J’en planterai à partir de l’année prochaine.»
AXW, 7 août 2015

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NOUVELLES HOMOLOGATIONS EN VUE

Le premier programme d’Agroscope, démarré il y a exactement cinquante ans, a donné lieu dans les années 90 à la sélection de 8 cépages, 6 rouges (galotta, mara, diolinoir, garanoir, carminoir et gamaret) et 2 blancs (charmont et doral). L’objectif était de sélectionner des variétés avec des résistances élevées à la pourriture du raisin et issues de cépages européens classiques (V. vinifera × V. vinifera).

Le gamaret est la création qui a connu le plus de succès. La dernière phase de ce programme a été réalisée en 1995, avec des croisements en procédure d’homologation et dont certains devraient être proposés prochainement: merlot x gamaret (MRAC 1087 et 1099), cabernet franc × gamaret (MRAC 40), humagne rouge x gamaret (MRAC 1626) et nebbiolo × gamaret (MRAC 1817). Le but est d’obtenir des vins avec des typicités affirmées cultivables dans l’aire d’adaptation du gamaret. Ces croisements sont actuellement testés dans les différentes régions viticoles de Suisse.

Avec 400 ha plantés, le gamaret se place aujourd’hui au 4e rang des cépages rouges suisses, après le pinot, le gamay et le merlot. La France l’a inscrit dans son catalogue en 2010. Les cépages d’Agroscope couvrent actuellement une surface de plus de 800 ha en Suisse, les variétés rouges représentant 9% de l’encépagement de cette catégorie.
AXW, 7 août 2015


 

 

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