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Eliminer la pseudotuberculose au sein d’un troupeau demande de la rigueur


Assainir un troupeau de chèvres touché par la pseudotuberculose est possible, à condition d’être très rigoureux, à l’exemple de David et Marion Guignard.

Passer d’un troupeau présentant un taux d’infection de près de 50% à un troupeau complètement exempt de pseudotuberculose, c’est ce qu’ont réussi David et Marion Guignard, agriculteurs à Vaulion (VD). En 2012, le couple a débuté un atelier de production de lait de chèvre et de fabrication artisanale de fromages. «Nous avons commencé avec 2 ou 3 chèvres, mais nous avons rapidement augmenté le cheptel en achetant des animaux un peu partout, explique David. Et pas seulement auprès d’exploitations professionnelles.»

Rapidement, le jeune couple constate que leurs bêtes sont toujours plus nombreu­ses à présenter des ganglions suspects. Le jeune agriculteur se souvient: «En 2013, alors que le troupeau comptait 24 chèvres, une dizaine d’entre elles étaient atteintes». Les Guignard ont alors fait appel à leur vétérinaire. Ce dernier a constaté la présence de pseudotuberculose et a dirigé ses clients vers le Service consultatif et sanitaire pour petits ruminants (SSPR) (sspr.caprovis.ch). Cette organisation propose en effet deux programmes pour contrer la pseudotuberculose: un programme de lutte, qui s’occupe de la surveillance et de la prévention, et un programme d’assainissement pour les exploitations qui souhaitent se débarrasser du problème.

Elimination des animaux malades
La vétérinaire et collaboratrice du SSPR Martha Räber a proposé aux chevriers un plan d’action personnalisé pour assainir leur troupeau. «La pseudotuberculose ne se soigne pas. Il n’y a pas d’autre solution que d’éliminer les animaux atteints», explique-t-elle.

Pour Marion et David Guignard, c’était un véritable crève-cœur: «On s’attache vite à ces bêtes». Pourtant, ils n’ont pas hésité à suivre les recommandations du SSPR. «Nous voulions développer un atelier de production professionnel et nous étions clairement sur le mauvais chemin. Il fallait agir», justifie David Guignard. Entre 2013 et 2014, ils ont donc abattu 24 chèvres.

«Nous avons dû reconstruire notre troupeau en achetant 13 chèvres portantes et 20 chevrettes dans deux élevages reconnus sans pseudotuberculose», précise David Guignard. Depuis 2 ans, ils n’ont plus de cas clinique et leur troupeau de 40 Chamoisées est même reconnu comme exempt de pseudotuberculose. Un assainissement complet sur deux ans est particulièrement rapide. Les Guignard y sont parvenus grâce à l’exploitation d’un alpage: «Ainsi quand le troupeau est au chalet, on peut laver et désinfecter la chèvrerie et inversement».

Connaître la maladie pour mieux la combattre
La pseudotuberculose est une maladie occasionnée par une bactérie: la Corynebacterium pseudotuberculosis. Elle touche principalement les caprins, mais peut aussi infecter les ovins, les cervidés et les petits camélidés. L’affection peut, dans des conditions exceptionnelles, se transmettre également à l’être humain.

Les toxines produites par cette bactérie détruisent les tissus environnants, provoquant une inflammation et la formation d’abcès. Une fois mûrs, ceux-ci se percent et libèrent du pus contenant d’énormes quantités de bactéries. Les abcès se forment sur les ganglions lymphatiques, notamment à la tête et au cou, mais aussi à l’épaule, dans le pli du genou et à la base de la mamelle. Parfois, des abcès se développent également au niveau des organes internes et restent invisibles jusqu’à l’abattage. L’état général des animaux malades peut être affecté. Le diagnostic est confirmé ou infirmé par une analyse bactériologique du pus. En laboratoire, il est également possible de détecter la présence d’anticorps dans le sang. Ces analyses sanguines ont l’avantage de repérer les animaux porteurs sains mais elles sont inefficaces durant le temps d’incubation (2 à 6 mois après l’infection).


Avant que les abcès ne se percent, ils deviennent mous,la peau
est tendue et les poils tombent en surface.
Conséquences et propagation
Avant d’être reconnu exempt de pseudotuberculose par le SSPR, le troupeau de Marion et David Guignard s’est soumis à des dépistages systématiques. «Nous avons dû procéder 6 fois à des prises de sang sur l’ensemble des chèvres», explique l’éleveur. «L’an dernier, tous les résultats étaient négatifs!» L’assainissement d’un troupeau est donc possible.

Même si elles ne sont pas toujours visibles, les conséquences de la pseudotuberculose sont importantes: baisse de productivité, mortalité pour certains animaux atteints d’abcès internes et contestations quant à la qualité du lait et de la viande.

La contamination des animaux sains se fait par contact avec le pus. «Il faut à tout prix éviter que les abcès s’évident dans le troupeau, dans la chèvrerie ou au pâturage, en isolant les bêtes atteintes d’abcès mûrs du reste du troupeau», insiste Martha Räber. Si un abcès libère son contenu, la propagation de la maladie peut être très rapide.

L’introduction de l’agent pathogène sur une exploitation peut se faire par l’achat ou par contact avec un animal infecté. Les mélanges de troupeaux, les séjours à l’alpage, les expositions, les véhicules de transport, les tondeuses et le lait contaminé sont également des voies de transmission possibles.

Mieux vaut prévenir que guérir
Assainir un troupeau n’est pas chose facile et coûte cher. Cela demande du temps et de la rigueur. Participer au programme de lutte du SSPR permet d’endiguer la propagation de la maladie.

Les exploitants qui rejoignent ce programme de surveillance s’engagent à observer régulièrement leur troupeau, à annoncer immédiatement les cas suspects pour analyse et à éliminer les animaux positifs. Ils acceptent également un contrôle annuel de leurs chèvres par un contrôleur formé par le SSPR.

Pour les Guignard, la rigueur a payé: «Nous n’avons fait aucun compromis. Nous avons même refusé de prendre à l’alpage les 2 à 3 chèvres d’un privé, comme nous le faisions auparavant. Nous n’acceptons plus de mettre à disposition notre bouc pour saillir des chèvres si celles-ci ne viennent pas d’une exploitation certifiée sans pseudotuberculose». Pour David Guignard, c’est aussi une question d’image: «Ce n’est pas cohérent de vendre nos produits à nos clients tout en leur disant de ne pas caresser nos chèvres, parce qu’elles sont malades».
Vincent Gremaud, 17 juin 2016


 

 

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