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Grangeneuve décline le bilinguisme


L’automne dernier, Grangeneuve a ouvert une classe bilingue pour les apprentis agriculteurs de troisième année. C’est une première en Suisse.


classebilingue


En apparence, c’est une classe comme toutes les autres qui suit un cours de production végétale. Le professeur, Jonathan Heyer, explique les moyens de lutte contre l’ambroisie à des apprentis de troisième année. Pourtant, cette classe est particulière: c’est la seule classe bilingue dans la formation initiale agricole de Suisse. Interactif, le cours se déroule en bon allemand, mais un élève sur deux répond aux questions posées avec un léger accent francophone.

Proposition du corps enseignant
«L’idée d’une classe bilingue émane d’une conférence professorale», indique Stefan Dubach, doyen pour la filière agricole formation initiale auprès du Centre de formation des métiers de la terre et de la nature (CFTN) de l’Institut agricole de l’Etat de Fribourg, à Grangeneuve. «Nous avions tout pour cela», explique le doyen. «La plupart de nos professeurs maîtrisent la deuxième langue et Grangeneuve a l’habitude de proposer des événements bilingues, notamment avec la vulgarisation.»

L’école a ensuite développé un projet. Fort du soutien de la conseillère d’Etat Marie Garnier, le conseil de direction de Grangeneuve a alors pris la décision d’ouvrir cette classe. «Au début nous avions peur de ne pas réussir à remplir une classe. Mais les inscriptions sont finalement arrivées et nous avons même dû refuser du monde!, relève Stefan Dubach. Nous avions décidé de ne pas prendre plus de vingt élèves pour ne pas trop charger cette classe. Nous avons pris les vingt premières inscriptions.»

Le hasard a fait qu’il y a autant de francophones que de germanophones. La moitié des élèves sont fribourgeois et l’autre moitié provient d’autres cantons. Les enseignants sont eux aussi répartis équitablement entre les deux langues. «Nous avons fait des propositions aux professeurs, explique Alexandre Horner, chef du CFTN. Aucun d’entre eux n’a été contraint d’enseigner dans cette classe. Cela s’est fait très naturellement.»

Langue définie par l’enseignant
Les cours sont donnés dans la langue maternelle du professeur. Les élèves sont invités à poser leurs questions dans cette même langue, mais en cas de difficulté, ils peuvent toujours avoir recours à leur propre idiome. Les enseignants sont tous à même de comprendre et de répondre tant en français qu’en allemand. Les questions des examens sont posées dans la langue de l’enseignant. Ce dernier traduit en général les mots techniques de ses questions. Les élèves sont libres de répondre dans la langue qu’ils préfèrent. «Au début, ils répondent dans leur langue maternelle, mais plus le temps passe, plus ils ont l’habitude d’utiliser les mots techniques dans l’autre langue, et plus ils répondent dans la langue du cours», indique Stefan Dubach. L’orthographe et la grammaire ne sont jugées que pour les examens d’enseignement culture générale (ECG). «L’ECG est la seule branche enseignée séparément pour les germanophones et les francophones, dans la langue maternelle des élèves», indique Alexandre Horner.

Une offre supplémentaire

Comme d’autres écoles, Grangeneuve propose déjà aux apprentis qui le souhaitent de suivre les cours dans l’autre langue. «L’élève qui choisit cette option s’immerge dans l’autre langue», commente Alexandre Horner. «Avec notre classe bilingue, nous proposons une véritable dynamique de mélange des cultures, poursuit-il. Le bilinguisme, ce n’est pas seulement une autre langue, c’est aussi une autre façon de fonctionner.»

Les élèves s’entraident
Retour dans le cours donné par Jonathan Heyer. La classe est très vivante: les élèves répondent volontiers aux questions du professeur, malgré l’effort supplémentaire exigé pour s’exprimer dans une autre langue. Soudain, suite à une explication de l’enseignant, un «Quoi?» retentit au fond de la classe. L’élève francophone à l’origine de ce cri du cœur n’a pas compris un mot technique. Son voisin, alémanique, lui explique en français fédéral le terme qui vient d’être prononcé par Jonathan Heyer. L’ambiance est très conviviale, mais reste studieuse.

Le jeune enseignant originaire de la partie germanophone du canton de Fribourg ne voit pas de difficulté particulière à donner son cours dans une classe composée pour moitié de francophones: «Je dois juste être encore plus clair dans mes explications.»

Pour les apprentis qui en veulent plus
Pour s’inscrire dans une classe bilingue, pas besoin d’avoir de facilité particulière. «Mais nous attendons de ces élèves une attitude de gens qui en veulent davantage, explique Alexandre Horner. Il faut une certaine volonté de s’engager et travailler plus que les autres.» C’est particulièrement vrai au début (lire ci-dessous).

Si vraiment cela met en péril l’obtention du CFC, les élèves peuvent choisir de terminer l’année dans leur langue. «Le marché, c’est que jusqu’à Noël, il n’y a pas de changement de classe», indique le chef du CFTN. En début d’année, deux élèves ont fait ce choix, alors qu’une élève, qui suivait entièrement les cours dans l’autre langue, a rejoint alors cette classe.

L’an prochain, l’école espère pouvoir remplir deux classes bilingues de troisième année. «Nous envisageons aussi de proposer un cursus entier, de la première à la troisième année, dès la rentrée 2019-2020», révèle Alexandre Horner.Les élèves de la classe de troisième année bilingue de Grangeneuve.

Vincent Gremaud, 2 mars 2018

 

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C'EST VOUS QUI LE DITES
Pourquoi avez-vous choisi cette voie et quel bilan intermédiaire en tirez-vous?

 

 

Lara Graf
Apprentie francophone de Bernex (GE), en formation sur une exploitation romande, à Bossonnens (FR)


«En ce qui me concerne, suivre les cours dans cette classe bilingue, c’était surtout un défi. En plus du français, j’ai l’italien comme autre langue maternelle, et j’ai fait des échanges dans des régions anglophones. En Suisse, l’allemand est superimportant. Toutes les écoles supérieures exigent de maîtriser cette langue. Après mon CFC, j’envisage peut-être de poursuivre mes études à la Faculté VetSuisse de l’Université de Berne ou à la Haute école des sciences agronomiques, forestières et alimentaires de Zollikofen (BE). Même si j’ai pas mal de facilité à l’école, je dois avouer qu’au début, c’était très, très difficile. Cela demande nettement plus de travail, particulièrement durant les premiers mois pour acquérir les termes techniques. Heureusement, les profs nous soutiennent et nous pouvons toujours poser nos questions dans notre langue maternelle. Nous avons aussi le droit de discuter avec notre voisin pour nous aider à comprendre: nous sommes tous assis à côté d’un élève de l’autre langue.»

 

 

 

Matthias Iten
Apprenti alémanique de Nassen (SG), en formation sur une exploitation romande à Albeuve (FR)



«A la base, j’hésitais à faire ma troisième année d’apprentissage à l’étranger. Ma mère, qui avait elle aussi passé un an en Romandie quand elle avait mon âge, m’a convaincu de vivre cette expérience. Initialement, je pensais travailler six mois dans l’exploitation que j’avais trouvée à Albeuve, puis suivre les cours en allemand dans mon canton de Saint-Gall, à Flawil et Salez. Je ne voulais pas avoir tous mes cours en français: en troisième année, les notes comptent pour le CFC! Puis, j’ai reçu une lettre de Grangeneuve qui m’informait de l’ouverture de cette classe bilingue. Pour cela, je devais prolonger mon séjour en Romandie à une année. J’étais ouvert à cette idée et j’ai tenté l’expérience. Au début, c’était dur: je ne parlais pas du tout le français. J’ai hésité à abandonner. Mais j’ai pu compter sur l’aide des autres et des profs. Maintenant, je comprends bien cette langue et je m’exprime aussi mieux en français. Je trouve juste dommage que la comptabilité, une branche très importante, soit donnée en français.»
VG, 2 mars 2018

 

 

 

 

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