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Les producteurs doivent participer à la lutte contre les antibiorésistances


Pour limiter les apparitions de résistances aux antibiotiques, il faut réduire l’utilisation de ces substances. La production porcine est aussi concernée.


porcelets


«Le lien entre germes résistants chez l’animal et ger­mes résistants chez l’homme est loin d’être clair. Les sou­ches et les mécanismes de résistances sélectionnés sont souvent différents de part et d’autre», explique le docteur Laurent Poirel, de l’unité de Microbiologie médicale et moléculaire de l’Université de Fribourg et membre du NARA, le Centre national de référence pour la détection précoce et la surveillance de nouvelles résistances aux antibiotiques.

Souvent montrée du doigt, la médecine vétérinaire – notamment celle qui s’occupe des animaux de rente – n’est donc pas responsable de l’augmentation des résistances aux antibiotiques. «Ce n’est pas aussi simple que cela», tempère le spécialiste. «Dans certains cas, comme celui de la colistine, il est prouvé que les résistances ont été développées dans les élevages. Même si les transmissions entre l’homme et l’animal res­tent rares.»

Selon l’expert des antibiorésistances, les médecines humaine et vétérinaire ont chacune trop souvent recours aux antibiotiques. Les appa­ritions de résistances et, plus grave encore, de multirésistances suivent une nette tendance à la hausse. «L’antibiotique ne fabrique pas la résistance, mais il la sélectionne», a indiqué Laurent Poirel aux quelque 70 participants à la Journée porcine 2018, organisée le 17 janvier dernier par l’Institut agricole de l’Etat de Fribourg à Grangeneuve. Et plus l’utili­sation d’antibiotiques est importante, plus la pression de sélection est forte. La lutte contre l’avènement de ces ré­sis­tan­ces, en médecine humaine comme en médecine vé­térinaire, passe donc par une diminution de l’emploi d’antibiotiques ainsi qu’une utilisation mieux ciblée des différents types de substances.

«Les résistances ne sont pas irréversibles!», relève Laurent Poirel. En effet, les souches ayant développé une insensibilité à un médicament ont souvent moins de vigueur que leurs congénères. «Ces sou­ches ont généralement une durée de vie moyenne de six mois à une année.»

Trop d’antibiotiques
Le docteur Poirel a présenté quelques des chiffres éloquents. Dans le monde, la médecine vétérinaire utilise la moitié des antibiotiques produits. Environ 20% d’entre eux sont utilisés à des fins thérapeutiques et 80% à titre de traitement prophylactique ou comme promoteur de croissance. Entre 40 et 80% des antibiotiques prescrits par des vétérinaires sont qualifiés de «hautement questionnables». La médecine humaine n’est pas en reste avec 20 à 50% des traitements non nécessaires. «Je sais que la Suisse est plutôt bonne élève en la matière, mais il y a encore des efforts à faire», a commenté le collaborateur du NARA. Vétérinaire à l’Agro­scope de Posieux, Catherine Ollagnier a présenté diverses études sur l’utilisation des antibiotiques dans les porcheries. Au Danemark, où la production porcine est particulièrement importante, 75% des antibiotiques consommés dans le pays le sont par des porcs. En Suisse, la majorité de ces substances ingérées par les porcs le sont au sevrage et 47% des exploitations porcines réalisent une prophylaxie avec des antibiotiques.

Alternatives possibles
Le recours prophylactique à ces substances au moment du sevrage se fait pour limiter les diarrhées. D’autres solutions existent pour diminuer ces dernières. Collaboratrice d’Agroscope à Posieux, Marion Girard a présenté un essai d’administration d’extrait de châtaignier riche en tanins dans l’alimentation des porcelets. La chercheuse a mis en évidence une amélioration des performances, une baisse de la fréquence et de la sévérité des diarrhées.

Diverses firmes proposant des prébiotiques et des probiotiques ont également pu présenter leurs produits aux participants à cette Journée porcine. Le moment du sevrage est une révolution complète dans la vie d’un porcelet. Non seulement l’animal change son alimentation, mais il est aussi déplacé dans un endroit qui lui est étranger avec de nouveaux congénères et se retrouve en contact avec de nouveaux agents pathogènes. Tout cela provoque un déséquilibre qui peut aboutir à des diarrhées.

Bien gérer le sevrage, c’est essayer de faire en sorte que cette transition ne soit pas trop brutale. «Nous mettons en pratique les résultats de nos essais», indique Guy Maikoff, porcher à l’Agroscope de Posieux, dont la porcherie abrite une centaine de truies. Les porcelets sont désormais gardés dans leur box de mise bas, sans mélanger les portées. Ils reçoivent un soluté d’électrolytes et sont nourris avec le même aliment que celui qu’ils avaient sous la mère. Ils disposent de terre à fouiller même après le sevrage et, depuis quelques séries, leur alimentation contient des tanins. «Garder les porcelets dans les maternités nécessite plus de place et les tanins renchérissent l’aliment de 5 à 6 fr./dt. Mais nous utilisons moins d’antibiotiques et nous avons moins de diarrhées qu’avant. C’est encourageant», relève Guy Maikoff.
Vincent Gremaud, 9 février 2018

 

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