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De l'herbe fraîche pour fertiliser les cultures


Dans les exploitations bio sans bétail, l’herbe non valorisée pour l’affouragement peut être utilisée comme fertilisant pour les cultures non légumineuses de la rotation.


Herbe fertilisante


Les exploitations biologiques maraîchères ou de grandes cultures sans bétail ne disposent pas d’engrais organique sur place pour fertiliser leurs cultures. Par ailleurs, la vente de fourrage issu des surfaces herbagères en échange de lisier ou fumier, qui représente un bon compromis à l’absence de bétail, n’est pas toujours possible. Pour ces exploitations, la valorisation de l’herbe comme fertilisant peut être une alternative permettant à la fois de s’affranchir en partie des engrais organiques du commerce, de maintenir une bonne fertilité du sol et de conserver des prairies dans la rotation.  

Le projet "herbe fertilisante" mené par Agridea sur la ferme pilote de Mapraz dans le canton de Genève ainsi que chez un exploitant visait justement à évaluer le potentiel de fertilisation de l’herbe de prairie temporaire. Ces engrais de fauche peuvent représenter une source intéressante de fumure, particulièrement en azote, dans le cas des exploitations bio sans bétail. Ces dernières sont en effet tenues de maintenir une certaine proportion de prairies dans leur rotation.

Fumure efficace
Agridea a réalisé des essais sur une culture de maïs en 2014 et 2015. « Cet essai a montré que par rapport à un engrais du commerce, le rendement du maïs grain avec de l’herbe fertilisante était bon, et même meilleur que dans la variante fertilisée avec du fumier de poules lorsqu’on apportait une double dose d’herbe », explique Josy Taramarcaz, qui a mené les essais.

Trois essais de fumure ont également été conduits sur céleri entre 2013 et 2015 dans le canton de Genève. Les rendements obtenus avec l’herbe fraiche de prairie temporaire se sont révélés équivalents à ceux obtenus avec les engrais du commerce, et légèrement supérieurs à la fumure avec du fumier de poules.

Dans le cadre de ce projet, Agridea a calculé que les coûts pour apporter 100 unités d’azote avec de l’herbe fraîche représentaient un montant de 500 francs. Il comprend les frais de mécanisation et de main d’œuvre mais dans ce calcul, la valeur de l’herbe n’a pas été prise en compte. A titre de comparaison, les mêmes unités d’azote apportées par un engrais du commerce (Biorga) reviennent entre 600 et 900 francs plus le travail d’épandage.

Formes conservées chères
L’herbe fertilisante peut aussi être utilisée sous d’autres formes: ensilage, pellets ou compost. L’avantage de ces formes est de pouvoir stocker l’herbe entre les coupes pour l’utiliser au moment optimal par rapport aux besoins des cultures.

Les pellets s’utilisent comme des engrais du commerce. En France, cette technique semble plébiscitée par certains agriculteurs qui apprécient le côté pratique du procédé. Les coûts sont toutefois élevés (en Suisse, ils sont estimés à 16 francs par unité d’azote).

Peu d’expérience est en revanche disponible avec le compost. Les quelques essais réalisés par Agridea n’ont pas donné de très bons résultats, l’azote étant très humifié donc moins disponible. L’ensilage d’herbe, enfin, dispose de bonnes teneurs en azote.

Des limites
La fertilisation avec de l’herbe fraîche en Suisse reste toutefois encore marginale. (témoignage Gilles Roch et André Besson) En effet, si l’on analyse uniquement l’aspect pratique de cette technique, les exploitations de grandes cultures trouvent normalement à vendre le produit des coupes et pour la plupart des cultures (notamment les cultures d’été), la disponibilité de l’herbe ne correspond pas toujours avec les besoins en fertilisation. La technique serait donc plutôt adaptée aux exploitations maraîchères qui feraient appel, pour ce faire, à une entreprise de travaux agricoles. «A court terme, pour un agriculteur qui a les machines à disposition et qui ne peut pas vendre son herbe, c’est une solution économiquement intéressante. Mais les exploitations de grandes cultures ont plutôt intérêt à semer des engrais verts riches en légumineuses avant les cultures d’été, à les broyer et à les enfouir», analyse Josy Taramarcaz.

Par ailleurs, l’utilisation d’herbe indigène pour fertiliser pose des questions par rapport aux importations de fourrages destinés à l’alimentation du bétail. D’autant que dès 2023, l’affouragement du bétail selon le cahier des charges de Bio Suisse devra être issu à 100% de fourrages indigènes. La commercialisation des produits des prairies temporaires pourrait donc bien évoluer.
Elise Frioud, 14 septembre 2018

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De l'herbe de prairie riche en légumineuses récoltée au stade 3-4

Le principe de l’herbe fertilisante est le suivant: la production de certaines coupes des prairies temporaires est valorisée pour fertiliser des cultures dans la rotation, sous forme d’herbe fraîche ou de dérivés : compost d’herbe, ensilage ou pellets d’herbe séchée.  

L’herbe peut être utilisée comme fertilisant à partir de mi-avril. Elle ne peut donc être appliquée fraîche que sur des cultures comme le maïs ou le sorgho, éventuellement sur le tournesol. Pour les grandes cultures, l’application se fait au printemps et à l’automne, 2 à 4 semaines avant l’installation des cultures. En maraîchage, les besoins sont mieux répartis au long de la saison et l’herbe fraîche peut être plus facilement utilisée.

Le type de prairie le plus adapté pour la fertilisation est une prairie riche en légumineuses ou équilibrée, avec au moins 40% de légumineuses. Si certaines coupes sont utilisées pour l’affouragement, il convient de viser une part de légumineuses inférieure à 60%. Le stade idéal pour utiliser l’herbe comme fertilisant se situe entre les stades 3 et 4; il représente le meilleur compromis entre la surface nécessaire, les teneurs et la fermentescibilité de la matière organique. Pour ce type d’herbe, il faut compter 0,6 à 1 ha de prairie pour apporter 100 unités d’azote.

La récolte se fait avec une ensileuse coupe exacte qui donne des brins de 3 à 8 cm, relativement fins et s’incorporent bien. L’herbe est épandue avec une épandeuse à fumier et enfouie à quelques centimètres avec une herse.
L’herbe peut aussi être épandue en couverture (par exemple après semis de maïs ou en maraîchage) avec un effet positif sur la levée des mauvaises herbes.
EF, 14 septembre 2018

 

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