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Production de semences de qualité


Dans un établissement multiplicateur, la production de semences répond à des règles précises. L’objectif étant d’obtenir au final un produit d’excellente qualité.


Dossier_3417_Semences


Un agriculteur vient d’arrêter son convoi devant le silo de la Société coopérative des sélectionneurs (ASS), à Moudon. Dans ses remorques, il a 35 tonnes de blé de la variété Rainer. Martin Walter, gérant de la centrale de conditionnement de l’ASS, s’occupe de la réception. Il commence par échantillonner chaque char. Il effectue un premier contrôle visuel et olfactif avant de relever le poids à l’hectolitre, la température et l’humidité. Le temps de chute n’est pas mesuré d’office car il ne s’agit pas d’une priorité pour la production de semences. Une humidité de plus de 18% est éliminatoire, de même qu’une part de petits grains trop importante. De 14,5 à 18% H2O, la récolte est séchée d’office, à une température maximale de 40°C, sous peine d’altérer le germe.

Avec l’accord du responsable, l’agriculteur peut ensuite vider sa récolte dans la trémie. Il y a un travail assez important de séparation entre chaque production. «Chaque livraison est unique. Il ne doit pas y avoir de mélange et le travail de nettoyage du système entre chaque lot est donc assez conséquent», relève Martin Walter. Et rien que pour le blé, il réceptionnera dans le courant de la saison 350 convois, soit 5500 à 6000 t. Mais encore 800 à 900 t d’orge, 400 t de triticale, 150 t d’avoine et pour cet automne 500 à 600 t de maïs. «Nous travaillons les céréales à paille jusqu’à fin octobre et ensuite nous passons aux maïs que nous trions tout l’hiver. Il y a une bonne répartition du travail ainsi», précise le gérant. Le centre de Moudon se charge de la réception de 85% des récoltes. Une petite centrale à Satigny (propriété du Cercle des agriculteurs de Genève) prend en charge les 15% de céréales restants ainsi que les récoltes de pois, de trèfle et de soja. L’ASS collabore aussi avec le propriétaire de moulin de Susten (VS) pour la production de seigle.

Dans le bâtiment en face, une autre équipe de l’ASS conditionne, stocke (frigos) et expédie entre 6000 et 7000 t de pommes de terre. Quatre personnes travaillent du côté des céréales et trois pour les pommes de terre.

Analyses additionnelles
Une fois basculé dans la trémie, le blé poursuit son parcours dans le centre. On peut observer son cheminement depuis la salle de commande. Il termine sa course à l’étage supérieur, dans les cellules de stockage. Le centre collecteur en compte 60, de 25 ou 60 tonnes (environ 2500 t en tout). Après avoir quitté les cellules, le blé va passer dans différentes machines (séparateur, tamis, etc.). Il est déplacé grâce à un transporteur à bandes, une spécificité de la maison afin d’assurer qu’il n’y ait aucun solde entre les lots. Après le triage, la semence est stockée un moment puisque des analyses supplémentaires doivent être effectuées à Reckenholz, concernant la pureté et la faculté germinative, ainsi que l’état sanitaire pour la production biologique. Quand le service fédéral de certification des semences donne son feu vert, le blé peut être conditionné.

La particularité pour le centre des sélectionneurs consiste aussi à traiter les semences PER avec des fongicides (90%) ou insecticides selon les demandes. Une balance pèse des lots de 150 kilos de grains qui tombent dans une cuve et dans laquelle peuvent être injectés jusqu’à trois liquides en même temps. Ces derniers arrivent sur une coupelle centrale qui tourne ensuite à très grande vitesse. Les semences sont ainsi enrobées en quelques secondes.

Production rapide
Mais depuis cette année, une partie des graines ne suit pas ce cheminement puisque les premiers lots bio ont été réceptionnés à Moudon. Auparavant, toute la production biologique était acheminée jusqu’à Satigny, mais le centre ne pouvait plus suivre avec l’augmentation des quantités. Pour ce faire, il a donc fallu adapter l’outil de travail et notamment créer une ligne à part d’ensachage, qui contourne la traiteuse. Pour la récolte 2017, Moudon devrait réceptionner 200 tonnes de céréales bio, et Genève 350.

Les graines sont désormais prêtes à être mises en sac. Un robot peut faire 900 à 1000 sacs par heure et génère une nouvelle palette de 900 kilos toutes les trois minutes. Le magasinier se charge ensuite de sto-cker ces palettes dans la halle (capacité d’environ 2000 pièces au sol). Elles sont entreposées par variété et selon le numéro de lot. L’ASS propose aussi des big-bags dont la production est en augmentation (12%). Les semences ressortent finalement du centre pour être livrées aux grossistes avant la saison des semis. Rien ne part en direct chez les agriculteurs.

Gestion des récoltes
Avec l’éventail des variétés qui ne cesse d’augmenter, la gestion d’un centre collecteur devient complexe. «Lors de la construction du centre en 1992, trois variétés faisaient 90% du marché du blé et aujourd’hui, il en faut 16 pour atteindre cette part. Les variétés, mais aussi les cultures se multiplient et il faut encore compter des modes de production différents», souligne Martin Walter (voir le schéma).
Sarah Deillon, 18 août 2017
 
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LA SELECTION DEMANDE UN CERTAIN TEMPS
Avant que l’agriculteur n’ait accès aux semences, ces dernières ont déjà un long parcours derrière elles puisqu’il faut compter six ans de multiplication pour une nouvelle variété. Elle commence par la génération 0 (prébase) qui est fournie par Agroscope ou Delley Semences et plantes SA et qui permet au début d’ensemencer 3 m2, 60 m2 l’année suivante, et ainsi de suite. Les établissements multiplicateurs (EM) reçoivent la génération 4 (base, 4e année) qui permet de produire la génération 5 (R1). Cette dernière est distribuée à l’ensemble des sélectionneurs sur environ 50 ha (exemple d’une nouvelle variété), afin de produire la semence commerciale (R2). «Les agriculteurs peinent parfois à se rendre compte de ce phénomène. Ils voient une variété dans un essai et aimeraient la semer dès l’automne», constate Didier Peter, directeur de l’ASS. «De plus, il faut encore s’assurer que les chances d’inscription sur la liste recommandée (LR) de Swiss Granum soient assez bonnes, y compris pour la classe de qualité.» Avant d’être inscrite à la LR, une nouvelle variété doit être testée deux ans chez Agroscope en conditions extenso et deux ans chez Swiss Granum en PER.
 
Demandes fluctuantes
Outre le délai pour la production de semences, la principale difficulté pour un établissement multiplicateur est de prévoir une marge de manœuvre suffisante pour chaque variété. L’ASS doit anticiper de trois ans sa production. «Les demandes des paysans évoluent beaucoup d’une année à l’autre. Une variété peut décoller rapidement et rester au top des ventes pendant plusieurs années avant de dégringoler d’un coup», relève Didier Peter qui donne l’exemple de la variété Claro. «La demande était tellement forte que pendant plusieurs saisons nous n’arrivions pas à produire suffisamment de semences. Nous avons augmenté chaque année les quantités et la demande a brusquement chuté, de deux tiers de 2013 à 2016.»

Suivi des parcelles
La Suisse compte quatre établissements multiplicateurs principaux: ASS, SGD Düdingen, SEMAG Lyssach, Fenaco Winterthur. Pour être reconnu comme sélectionneur, l’agriculteur doit être affilié à l’un de ces établissements et disposer de l’agrément du Service fédéral de certification des semences de Reckenholz. La Confédération définit les règles de base et l’EM peut ajouter ses exigences. Pour l’ASS, les agriculteurs sont candidats pendant trois ans. Au terme de cette période probatoire, il y a une appréciation de l’exploitation et de la qualité des trois récoltes qui donne lieu à la décision d’admission définitive ou non. L’ASS compte 280 multiplicateurs, répartis sur Genève, Vaud, Neuchâtel, Valais et Fribourg (Glâne et Veveyse).

La première étape consiste en la rédaction d’un contrat entre l’agriculteur et l’EM. Ensuite, la parcelle est saisie dans la plate-forme de la Confédération CertiPro. Durant la saison, des contrôleurs font le tour des parcelles et décident si elles seront admises ou non. Un refus intervient en cas d’impuretés, de verse, d’un état sanitaire insuffisant ou s’il y a trop de mauvaises herbes. Les résultats de cette visite sont saisis dans CertiPro. La dernière éta-pe est la récolte et les analyses des semences triées.
SD, 18 août 2017
 

 

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