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Construire une porcherie ouverte, équipée de courettes ne s’improvise pas


Après les récents scandales qui ont touché la production porcine, les futures porcheries auront tendance à s’ouvrir. Mais avant de projeter une porcherie froide, mieux vaut s’inspirer des expériences des pionniers.


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Dans le Gros-de-Vaud, sur la commune de Lussery-Villars, un bâtiment longiligne trône au milieu des champs. C’est la porcherie que Laurent Chappuis a bâtie en 2004. Il y a treize ans, cet agriculteur a opté pour une halle d’engraissement de porcs ouverte: «Nous avons arrêté la production laitière en 1996 et avons commencé à engraisser des porcs en 1998. Dès le début, j’aimais les voir dehors!»

Laurent Chappuis exploite aujourd’hui cette porcherie avec son fils Valentin. D’une capacité de 560 places porcs à l’engrais (PPE), la halle est divisée en 14 boxes équivalents. Chacun d’eux est composé d’une aire de repos paillée en couche profonde, d’une aire d’affouragement extérieure couverte et d’une courette sur caillebotis non couverte. Simple et polyvalent, le bâtiment a coûté près de 1 200 francs par PPE, soit environ 60% du prix d’une porcherie fermée, bien que l’emprise au sol soit plus important pour un bâtiment ouvert.

L’aménagement du territoire limitant
Comme pour toute planification de construction, l’implantation du bâtiment a fait l’objet de mûres réflexions. Imaginé dans un premier temps près de la ferme du domaine, le projet a dû fait face aux oppositions du voisinage. Les nuisances, notamment olfactives sont bien plus importantes lorsque la porcherie est ouverte. Laurent Chappuis a alors décidé de construire son bâtiment loin de toute habitation. Après trois ans de procédures, la halle d’engraissement a été érigée. «Le bâtiment fait 56 m de long pour 10 m de large», indique le propriétaire. «S’il est autant dans la longueur, c’est qu’on prévoyait de construire une deuxième halle vis-à-vis de la première.» Mais, comme la marge brute dégagée par l’atelier porcs (non dépendant du sol) représente la majorité de la marge brute de l’exploitation, Laurent Chappuis s’est heurté aux limites imposées par la législation sur l’aménagement du territoire. Dans ces cas-là, le potentiel des productions végétales de l’exploitation, exprimé en matière sèche, doit couvrir au moins 70% des besoins des animaux de rente. La porcherie de Laurent Chappuis ne sera donc pas doublée.

La SRPA, sans label
Les porcs des Chappuis donnent droit aux contributions SST et SRPA de respectivement 155 fr./UGB et 165 fr./UGB, comme près d’un porc sur deux en Suisse. Ayant opté pour la vente directe (lire ci-dessous), ils ne commercialisent pas leurs porcs sous les labels IP-Suisse ni Coop Naturafarm.

Une production soumise aux aléas du climat
Avec une porcherie ouverte, il faut veiller en permanence aux conditions météorologiques. S’il fait trop chaud, des brumisateurs rafraîchissent les bêtes à l’extérieur et un filet d’ombrage est tendu sur les courettes. S’il fait froid, il convient de protéger, avec des filets brise-vent, l’aire d’affouragement afin que les porcs s’y rendent plus volontiers. Avec un tel système, inutile de viser des performances de croissance trop élevées. «Ici, on cherche plus la qualité que la performance. On compte sur un gain quotidien moyen de 750 à 800 grammes», indique Laurent Chappuis.

Pour éviter tout problème de gel, l’agriculteur a opté pour des distributeurs d’aliment sec et, pour l’abreuvage, il a équipé les 160 m de conduites d’eau de deux réchauffeurs.

Une aire de repos gourmande en paille

Pour l’aire de repos, Laurent Chappuis utilisait les premières années des roseaux de Chine: «Mais depuis 2014, on ne touche plus de paiements directs pour cette culture. J’ai donc dû l’abandonner». Depuis, il utilise de la paille, principalement celle de sa propre exploitation. Avant l’arrivée des porcelets, Laurent et Valentin Chappuis préparent une couche de 60 cm de paille, puis ils en rajoutent régulièrement. Par année, ils utilisent 65 à 75 tonnes de paille. «L’hiver, on voit bien la chaleur se dégager de la couche. Les cochons apprécient!»

Une réussite malgré des débuts difficiles
Tout n’a pas été simple au début. Entre le réchauffeur d’eau qui n’a pas tenu les promesses de son fabricant et qui a dû être doublé, des problèmes avec le système d’affouragement automatique rien n’a été épargné aux Chappuis. «Les premières séries ont eu des problèmes sanitaires, avec des diarrhées, des mauvais accroissements, des difficultés à couvrir les porcs et, au final, des problèmes de qualités de la graisse», explique le producteur. Après avoir réglé des problèmes de courants vagabonds, tout est rentré dans l’ordre. Laurent Chappuis en est convaincu: «Il faut ouvrir les porcheries et montrer ce qu’on fait. C’est porteur aujourd’hui plus que jamais.»
Vincent Gremaud, 13 octobre 2017

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DES PRIX FIXES GRÂCE À LA VENTE DIRECTE

Pour commercialiser leurs porcs, Laurent Chappuis et son fils Valentin misent sur la vente directe. «Au tout début, nous vendions nos porcs à la Migros, mais cela n’a pas duré», explique Laurent Chappuis. Suite aux problèmes sanitaires des premiers lots (lire ci-dessus), les producteurs ont subi des déductions importantes. «Cela n’est arrivé qu’une seule fois, puis j’ai cherché un autre canal d’écoulement».

Réaction aux prix bas
Dès 2005, ils ont commencé à vendre quelques animaux en vente directe, par lots d’un demi ou d’un quart de porc. Mais jusqu’en 2015, ils écoulaient la plupart de leur production en via un boucher de la région, également actif dans le commerce de bétail.

«En 2015, les prix sont descendus si bas qu’en fin d’année, on perdait jusqu’à 40 francs par porc engraissé!», explique le producteur. «Cela ne pouvait pas durer, j’ai donc cherché à négocier mes prix, mais face au refus de mon acheteur principal, j’ai diminué la production. Un moment, la porcherie était presque vide!» Cette même année, Laurent Chappuis vend 400 cochons directement à un client actif dans la restauration collective.

Rémunérateur pour tous
Plus préoccupé par la qualité que par le prix, ce client a une vision qui correspond à celle des Chappuis. «Pour les prix, nous avons négocié nos conditions. Nous voulions qu’ils soient fixes tout au long de l’année et rentables non seulement pour nous, mais aussi pour l’éleveur qui nous fournit les porcelets», souligne Laurent Chappuis. «Sans passer par un label, nous vendons nos porcs à un prix rémunérateur pour toute la filière, grâce au circuit court de commercialisation.» Depuis, la demande de ce client a augmenté. Aujourd’hui, les Chappuis lui livrent 12 porcs par semaine.

Des cochons sains avec une alimentation locale
Les Chappuis ne font plus de traitement vétérinaire préventif. Au début, quand ils recevaient leurs porcelets, ils leur donnaient de la colistine (Ndlr: un antibiotique) et ils les vermifugeaient. «Les gorets provenaient de différents élevages et nous n’avions pas vraiment le choix», relève Laurent Chappuis. «Mais maintenant, nous nous fournissons exclusivement chez un seul éleveur qui vermifuge lui-même les porcelets.»

Laurent et Valentin Chappuis achètent également leurs aliments à un fournisseur local. Sans soja, le mélange sec qu’ils affouragent à leurs porcs est composé d’orge, de déchet de blé, de pois protéagineux et de tourteau de colza. «C’est un aliment 100% vaudois!», précise Laurent Chappuis.

Le bien-être animal des porcs détenus dans une halle ouverte est un argument qui touche les clients, surtout depuis le début des scandales qui touchent la filière. Ainsi, les Chappuis ont trouvé un autre client qui prend 7 porcs par semaine et écoulent également de la viande au détail dans leur magasin à la ferme. «La vente est une activité chronophage, mais valorisante», conclut Laurent Chappuis.
VG, 13 octobre 2017

Sur le web
www.lessaveursducoin.ch

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LE NOMBRE DE PORCS SORTIS DIMINUE

«Actuellement, seuls 50% des porcs élevés en Suisse bénéficient d’un espace extérieur. Ils étaient encore 58% en 2010», a indiqué au début du mois d’octobre la Protection suisse des animaux (PSA). Cette évolution négative est la conséquence directe de l’insuffisance des subventions accordées par la Confédération en faveur du bien-être de cet animal sensible et intelligent, dénonce l’organisation.

Labels pas assez attractifs

Parce que les charges supplémentaires liées à une détention avec espaces extérieurs ne sont pas suffisamment indemnisées, de nombreux producteurs investissent dans des halles conventionnelles lorsqu’il s’agit de construire de nouvelles installations. L’organisation estime à 500 000 le nombre de porcs engraissés dans des porcheries fermées, sans jamais voir la lumière du jour. La proportion des porcs élevés dans des exploitations labellisées IP-Suisse ou Naturafarm diminue, regrette Hans-Ulrich Huber, directeur technique de la PSA. La stratégie des grands distributeurs, misant surtout sur la viande de porc à bas prix est l’une des principales raisons de cette régression. Tout comme leur tendance à s’octroyer des marges trop élevées sur le porc labellisé, dénonce la PSA.

Appel aux détaillants et aux politiques
Pour inverser la tendance, la PSA demande que les agriculteurs obtiennent à l’avenir une plus grande part sur le franc versé par le consommateur et des prix plus élevés en contrepartie d’un élevage paysan conforme aux besoins de l’espèce. Elle appelle aussi les producteurs de fromages à réexaminer d’un œil critique les élevages de porcs liés à leur laiterie, et de les faire progresser au niveau d’un standard de label.

Autre revendication de la PSA: la Confédération doit assumer judicieusement la promotion, prescrite par la Constitution, d’élevages en plein air et avec parcours respectueux des animaux. Seuls 15% des paiements directs sont investis dans le bien-être et la santé des animaux.

La PSA invite le commerce de détail et la gastronomie à élargir leur offre de produits labellisés.
ATS-VG, 13 octobre 2017

 

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