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A Cernier, une association valorisera la laine suisse de la toison à la pelote


Active dans la valorisation de la laine de l’arc jurassien depuis 2004, l’association Laines d’ici passe un cap avec l’ouverture d’une filature. Une première en Suisse romande.


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Présidente de l’association Laines d’ici, Coraline Sandoz termine l’installation de la filature qui a pris place dans l’ancien pressoir de l’Ecole d’agriculture de Cernier (NE). La chaîne de production artisanale permettra de valoriser la laine de la toison à la pelote. L’installation doit être prête pour l’inauguration prévue le 18 novembre prochain. «Nous avons eu une petite surprise avec les prises des machines, qui n’ont pas été adaptées au modèle suisse», confie cette professionnelle du textile. Elle vient de terminer une semaine de formation avec un employé de l’entreprise qui a construit les machines: «J’ai dû apprendre en sept jours un savoir-faire qui nécessite trois ans de formation et mon formateur était anglophone, mais nous allons y arriver», ajoute-t-elle.

Il faut dire que les machines ont parcouru un long chemin avant de rejoindre les locaux que l’association loue à Evologia. Fabriquées par Belfast Mini Mills, une entreprise artisanale basée dans la province canadienne de l’Ile-du-Prince-Edouard, elles ont traversé l’Atlantique en bateau avant de rejoindre Bâle en péniche. «Il n’existe presque plus d’atelier de filature en Suisse et les installations qui subsistent datent souvent du début du siècle passé, précise Coraline Sandoz. Une amie qui travaille la laine d’alpaga en Suisse alémanique a commandé des machines auprès de l’entreprise Belfast Mini Mills. Nous lui avons envoyé des échantillons de laine de mouton afin d’évaluer le produit fini. Comme ils nous ont convaincus, nous avons pris contact avec l’entreprise canadienne.»

Un investissement important
Une longue réflexion a précédé la mise en place de l’atelier de filature. Le projet a débuté en 2014, alors que l’association Laines d’ici fêtait ses dix ans d’activité. A cette époque, la base bénévole de l’association ne permettait pas un développement de ses activités, alors qu’une demande pour des produits à base de laine suisse se développait. Le déclic est venu d’une prise de contact avec le pool de compétences tessinois Wool-Ti, qui souhaitait exporter son projet de valorisation de la laine dans le Val Verzasca à d’autres régions.

A la demande de Laines d’ici, Wool-Ti a réalisé une étude de faisabilité financée par le Service de l’agriculture du canton de Neuchâtel et le Parc naturel régional Chasseral. Cette étude a permis de démontrer le potentiel de développement d’une filière complète de valorisation de la laine. Un groupe de travail a ensuite été constitué afin de mettre sur pied ce projet nécessitant des investissements importants.

En 2017, l’association réunissait un montant de 360 000 francs permettant l’achat des machines et le lancement du projet. «L’Office fédéral de l’agriculture nous a soutenus à hauteur de 300 000 francs répartis sur trois ans, relève Coraline Sandoz. Comme nous devions acquérir l’ensemble de la chaîne de production la première année, nous avons sollicité un prêt du Fonds d’innovation de la Banque alternative. La Loterie romande a également participé au financement et le Parc naturel régional Chasseral a collaboré à la mise sur pied du projet.»

La présidente de l’association ajoute que, malgré la réalisation d’un plan de financement, de nombreux faux frais sont apparus depuis le début du projet. L’achat de machines supplémentaires, permettant notamment de feutrer, tricoter et fouler faisait partie du projet initial, qui a été redimensionné. Afin de permettre le développement futur de la filature et le lancement de l’activité, un financement participatif est prévu.

Une chaîne de production complète
La filature de Cernier est composée d’une chaîne de production permettant de réaliser les treize étapes entre la laine brute et la mise en pelote. Du lavage au passage à la carde, à l’étireuse, à la fileuse et à la retordeuse, quatre artisanes assureront le fonctionnement de la filature à temps partiel. En comptant le suivi administratif, ce taux d’occupation représente 1,4 équivalent plein-temps. «Contrairement aux membres de l’association qui travaillent bénévolement, les employées de la filature seront rémunérées», note Coraline Sandoz.

A l’horizon 2020, l’association espère doubler sa production de produits finis. Actuellement, Laines d’ici mise principalement sur la laine de moutons Blanc des Alpes et Brun Noir du pays, afin de mettre en place une gamme de produits de qualité homogène. Comme il existe une vingtaine de races élevées dans la région, la gamme pourrait s’élargir selon la demande. La filature permettra la création d’un nouveau secteur d’activité: le travail à façon. «Notre but est de travailler la laine des éleveurs et qu’ils la reprennent sous forme de pelotes ou d’écheveaux, avec la garantie qu’il s’agit de leur propre lot. Cela leur permettra de proposer en vente directe un produit demandé», argumente la présidente.

Afin de poursuivre son développement, l’association Laines d’ici envisage de développer la vente sur internet ainsi que dans des magasins tiers.
Benoît Seingre, 10 novembre 2017

Sur le web

www.lainesdici.ch

 

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DIFFÉRENTS DÉBOUCHÉS POUR LA LAINE RÉCOLTÉE

 

L’association Laines d’ici a commencé ses activités en 2004 en organisant la collecte de la laine de l’arc jurassien. Chaque printemps, elle récolte désormais plus de quatre tonnes de laine jusque dans le canton de Fribourg, permettant la mise en valeur de cette matière souvent considérée comme un sous-produit. La majeure partie de la récolte (3,5 tonnes) est envoyée en Thurgovie à l’entreprise FIWO qui valorise la laine sous différentes formes telles que de l’isolation pour le secteur du bâtiment, des matelas, des duvets, ou encore de l’engrais. Les éleveurs sont payés 1,20 franc par kilo de laine brute blanche, alors que la laine brune est payée 80 centimes. La laine de seconde qualité est rétribuée 35 centimes par kilo.


La qualité de la laine est en augmentation
Entre 400 et 500 kilos de laine brute de qualité supérieure récoltés par Laines d’ici sont envoyés par Longo Maï auprès de leurs coopératives en France. Ils reviennent à la boutique de Cernier sous forme de produits finis, tels que des vêtements.


Le travail des artisanes
Jusqu’à l’ouverture de la filature, Laines d’ici sélectionnait une centaine de kilos de laine qu’elle envoyait en Suisse alémanique afin de la laver. Les laines étaient ensuite cardées et teintes au Centre Laines d’ici, puis mises en valeur par les artisanes de l’association qui effectuaient le filage au rouet et le feutrage. Si le travail des artisanes est limité en termes de volume de production, il offre à la laine indigène et à l’association Laines d’ici une visibilité indispensable grâce à la vente des différentes réalisations à Cernier.


Afin de maintenir sa collaboration avec l’entreprise Fiwo et les coopératives Longo Maï malgré l’ouverture de la filature, Laines d’ici table sur une augmentation des quantités récoltées. La laine travaillée par les artisanes de l’association est payée à l’éleveur 1,50 franc par kilo de laine brute. Cela représente 3 à 4 francs par kilo de laine finie. A terme l’association souhaite attein­dre 5 francs rétribués à l’éleveur par kilo de laine finie. «Depuis nos débuts, la qualité de la laine récoltée est en cons­tante augmentation, il est important que les éleveurs poursuivent leurs efforts», ajoute Coraline Sandoz.

 

Grâce à l’ouverture de la filature, il sera désormais possible de livrer la laine en automne également, avant la mise en bergerie des troupeaux, ce qui devrait avoir une influence positive sur la qualité.
BS, 10 novembre 2017

 

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