Les petites centrales hydroélectriques voient leur avenir s’assombrir


L’hydroélectricité présente de nombreux atouts, notamment pour les régions décentralisées. Aujourd’hui, l’avenir des petites centrales est menacé 
par la réduction 
des soutiens financiers.


Dossier_3017_hydroélectriques


L’utilisation de la force hydraulique est ancienne. C’est en partie elle qui a permis le développement de l’agriculture et de l’industrie, en témoignent les nombreux moulins, scieries et autres ateliers installés au fil de l’eau. La production d’énergie grâce à la force hydraulique, ou hydroélectricité, est quant à elle apparue au XIXe siècle. On dénombrait 7000 petites centrales hydroélectriques (puissance inférieure à 10 000 kW) au début du XXe siècle en Suisse. Par la suite, un certain nombre a été abandonné au profit de plus grandes centrales. Aujourd’hui, la Suisse compte un peu plus de 1000 petites centrales hydroélectriques dont la puissance installée est d’environ 760 MW (mégawatts) et la production annuelle 3400 GWh (gigawatt-heure). La moitié d’entre elles bénéficie de la rétribution à prix coûtant (RPC). On ne dispose pas de données spécifiques sur les petites centrales hydroélectriques utilisées en agriculture.

Ces installations présentent plusieurs atouts en tant que source d’énergie renouvelable pour l’agriculture: leur maintenance est simple et leur durée de vie est longue. Elles offrent parfois la seule possibilité de valoriser une énergie renouvelable dans les régions isolées.

Seule source d’énergie

A Charmey (FR), Marcel Gachet exploite une petite centrale hydroélectrique d’une puissance de 9 kW. A quelques centaines de mètres de sa ferme, elle se situe au milieu d’une prairie, dans un bâtiment à peine visible et accessible uniquement à pied. L’installation date des années 1940. Pas de visée écologique à l’époque, mais plutôt la nécessité de trouver une source d’énergie dans une zone qui n’était alors pas alimentée par le réseau électrique. «En fait, cela fait seulement cinq ans que la ferme a été raccordée au réseau, grâce à un nouveau télésiège sur lequel nous avons pu nous brancher. Jusqu’alors, la ferme n’était alimentée que par la centrale, avec parfois des pannes», relève le Fribourgeois. Il faut dire que l’exploitation, située à 5 km du village à 1200 mètres d’altitude, est relativement isolée.

La petite centrale exploite l’eau d’une source privée située à 1,5 km de la ferme. L’eau arrive avec une pression moyenne de 18 bars. Le débit de la source varie au cours de l’année. En hiver, il tourne autour de 650 litres/minute, mais atteint facilement le double lorsque les conditions sont bonnes. Au total, la cen
trale produit annuellement 60 000 kWh d’électricité, soit l’équivalent de la consommation annuelle de 7 à 8 ménages (ndlr: estimation d’après les données du site internet «Energie environnement»).

Léger bénéfice
Auparavant, l’électricité produite était utilisée pour les besoins de la ferme. Il n’était pas possible de valoriser les surplus. Aujourd’hui que l’exploitation est reliée au réseau, la revente du courant produit est possible, mais la nouvelle stabulation, récemment construite, est relativement gourmande en énergie avec notamment un séchoir en grange. Ainsi, la majorité de l’électricité produite est consommée, et le bénéfice possible avec la revente de courant limité. «J’en retire 1000 à 1500 francs par année. L’électricité est rachetée 6,04 centimes le kilowattheure par Gruyère Energie SA, sans RPC puisque l’installation est ancienne», explique Marcel Gachet. L’exploitant est en cours d’élaboration d’une attestation de garantie d’origine qui lui donnerait un bonus écologique de 6,80 ct/kWh supplémentaire.

Pour les installations bénéficiant du tarif RPC (mises en service après le 31 décembre 2006), la rémunération de l’énergie injectée dans le réseau varie selon la puissance, la catégorie (installations construites sur des cours d’eau naturels ou pas), le bonus d’aménagement des eaux et le bonus de niveau de pression. Elle varie entre 8 ct/kWh et 38 ct/kWh avec une moyenne à 16,3 ct/kWh. La durée de rétribution est de vingt ans (vingt-cinq ans pour les installations mises en service jusqu’au 31 décembre 2013).

Rénovation onéreuse

Marcel Gachet estime qu’en l’état actuel, son installation est rentable. Même si son potentiel de production est modeste, elle ne coûte en effet pas grand-chose et demande très peu de surveillance. La turbine fonctionne en permanence et un phare s’allume sur le toit du bâtiment en cas d’arrêt ou de problème. «Je jette un œil régulièrement pour voir si tout va bien. Il serait sans doute plus simple de recevoir une alerte sur le téléphone portable, mais nous n’avons pas de réseau ici», commente l’exploitant.

Elle devrait quand même prochainement être partiellement rénovée. La turbine n’est plus toute jeune et les conduites sont en fin de vie. L’exploitant estime à au moins 200 000 francs le coût de renouvellement des conduites. «A ce moment-là, je devrai étudier si je rentre dans mes frais. J’espère que cela restera rentable et que je pourrai maintenir la centrale», indique-t-il, ajoutant qu’il pourrait faire une demande de subventions auprès des améliorations foncières dans le cadre des exploitations d’alpage ou de l’Aide suisse aux montagnards dans le cadre du soutien aux projets en région de montagne.

Peu d’alternatives

Dans la situation de cette exploitation, les alternatives renouvelables ne sont toutefois pas nombreuses. La pose de panneaux solaires, inenvisageable tant que l’exploitation n’était pas reliée au réseau, serait maintenant tech
niquement possible. Mais il faudrait installer une station de transformation d’électricité sur la ferme, qui serait onéreuse. Vu le prix de rachat du courant, l’exploitant a jugé que cette option n’était pas intéressante.
 

Sur son domaine de 35 hectares, Marcel Gachet produit 185 000 litres de lait pour la transformation fromagère avec une trentaine de vaches. En été, il fabrique 4500 kg de fromage à l’alpage. Avec son amie et un employé en été, il s’occupe également d’une centaine de génisses en estivage et exploite 40 hectares de forêt.

Elise Frioud, 28 juillet 2017

 

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DÈS 2018, LA RPC EXCLURA CERTAINES PETITES INSTALLATIONS

 
La petite hydraulique produit actuellement environ 5000 GWh par an, soit la consommation de 1,2 million de ménages. L’Office fédéral de l’énergie (OFEN) indique sur son site internet qu’elle offre encore un potentiel de développement allant jusqu’à 2200 GWh par an. Grâce à des innovations sur le plan technique ainsi qu’à des mesures visant à réduire leur impact écologique, les petites centrales hydroélectriques sont des sources d’énergie qui permettent de produire de l’électricité renouvelable de manière décentralisée et en respectant l’environnement, peut-on encore lire. Pourtant, à partir du 1er janvier 2018, elle sera beaucoup moins soutenue en Suisse.


Lors de la votation populaire du 21 mai 2017, le peuple suisse a en effet accepté le premier paquet de mesures de la Stratégie énergétique 2050. La nouvelle Loi sur l’énergie entrera en vigueur le 1er janvier 2018. Elle octroiera des moyens d’encouragement supplémentaires pour promouvoir la production d’électricité à partir de sources d’énergie renouvelables. Ces moyens ne suffiront toutefois pas pour réduire à zéro la liste d’attente pour la rétribution de l’injection. D’autant plus que la RPC arrivera à échéance à la fin 2022: aucune nouvelle installation ne sera plus intégrée au système d’encouragement ensuite. Actuellement, cette liste compte un peu plus de 38 000 projets dont la plupart concernent le solaire. Environ 550 concernent l’hydraulique.


Fin de la RPC pour 
la petite hydraulique
Mais il y a plus grave pour la petite hydraulique dans le cadre de la nouvelle Loi sur l’énergie. Les nouvelles installations en cours d’eau de moins de 1 mégawatt seront en principe exclues du système de rétribution du courant injecté à partir de 2018 (ces changements ne concernent pas les installations qui sont déjà rétribuées par la RPC ou qui disposent déjà d’une décision positive). Les nouvelles centrales raccordées à des installations d’alimentation en eau potable ou d’évacuation et d’épuration des eaux usées restent toutefois autorisées. Il sera également possible de demander une contribution pour l’agrandissement ou la rénovation de certaines centrales avec une puissance d’au moins 300 kW.


L’OFEN explique que le parlement a introduit cette mesure pour permettre à la fois de réduire sensiblement le nombre de petites installations hydrauliques qui présentent un rapport plutôt faible entre rendement énergétique et impact sur l’environnement, et d’augmenter l’efficacité de la promotion (francs/kWh). «Parmi les modes de production d’énergie renouvelable, l’hydraulique est pourtant celui qui produit le plus et coûte le moins», analyse de son côté Raymond Chenal, secrétaire de Swiss small hydro, l’association suisse des intérêts des propriétaires de petites centrales hydrauliques. L’ingénieur regrette que les moyens mis à disposition de la petite hydraulique se réduisent continuellement. «Depuis 2014, toute une série d’ordonnances a réduit les moyens alloués et dès lors, quasiment tous les projets sont abandonnés. Ainsi, la baisse de la durée de la garantie de la rétribution, passée de vingt-cinq à vingt ans et bientôt quinze ans, augmente nettement le prix de revient du kilowattheure et diminue grandement l’intérêt à investir dans ce genre d’installation», analyse-t-il. Par ailleurs, les petites centrales hydrauliques installées sur des cours d’eau naturels et d’une puissance inférieure à 300 kilowatts ne bénéficieront plus d’aucune subvention à l’avenir.


A noter toutefois que les dispositions d’application de la nouvelle loi sur l’énergie sont définies dans des nouvelles ordonnances qui ont été mises en consultation. Le Conseil fédéral adoptera les ordonnances définitives en principe dans le courant du mois de novembre 2017.

EF, 28 juillet 2017

 

 

DIFFÉRENTS TYPES
Une petite centrale 
hydroélectrique est une installation de production d’énergie de petite
puissance (moins
de 10 000 kW) basée sur l’utilisation de la force 
hydraulique. Il existe différents types de petites centrales selon la manière dont l’eau est captée et conduite à la turbine, suivant la hauteur de la chute ou la dénivellation exploitée. L’eau utilisée pour
alimenter la turbine peut provenir d’une rivière, d’une source, d’un réseau d’eau potable ou d’eau usée. Le débit d’eau 
et la hauteur de chute 
(différence de pression) déterminent le potentiel de production d’énergie. Si le débit d’eau est important, une hauteur de chute de 2 mètres ou plus est exploitable. Si le débit d’eau est faible, une forte dénivellation est alors
nécessaire.

EF, 28 juillet 2017

 

 

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