On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre!

Une récente publication critique durement la politique agricole: Weissbuch Landwirtschaft Schweiz (le Livre blanc de l’agriculture suisse , en allemand avec résumé en français) démolit complètement les paiements directs versés aux paysans.

Selon les auteurs du Weissbuch Landwirtschaft Schweiz, (en français, le Livre blanc de l'agriculture suisse, non traduit, mais avec un résumé en français), les paiements directs créent davantage de problèmes qu’ils n’en résolvent. Leur principale revendication est la conversion des paiements directs généraux non liés à des prestations en mesures essentiellement écologiques.

Le bilan officiel des réformes de la politique agricole montre pourtant clairement que les succès ont été enregistrés dans le domaine écologique avant tout, alors que les objectifs économiques et sociaux n’ont pas pu être atteints. Les surfaces de compensation écologique ont été multipliées par six, les PER sont fournies sur 98% de la surface agricole utile, les épandages d’engrais minéraux ont baissé d’un tiers et ceux de phosphore de plus de deux tiers. Mais pour réaliser d’autres améliorations écologiques, il faut que l’agriculture réussisse sur le plan économique également.

L’environnement et les animaux

La question à se poser est la suivante: à quelle hauteur veut-on poser la barre écologique? En principe, extensification et intensification vont de pair. Dans ce domaine aussi, on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre!

En d’autres termes, si l’on entend maintenir le volume de la production quand une partie de l’agriculture produit moins, l’autre partie doit produire plus. Sinon, il faut importer la différence. Est-ce écologiquement plus sensé? Les auteurs du livre blanc préten-

dent que leur modèle amènerait simultanément plus d’écologie et plus de production, encore doivent-ils le prouver. D’ailleurs, l’ouvrage ne s’attarde guère sur le fait que si la production indigène baisse alors que la population augmente, l’écart doit être compensé par des importations. Importations qui ne doivent pas satisfaire les mêmes exigences que la production suisse en termes de protection de l’environnement et des animaux.

Le système de la politique agricole est en constante évolution. Les exigences des PER ont précisément créé la base permettant à la diversité biologique de se stabiliser. Dans une deuxième étape, l’Ordonnance sur la qualité écologique a permis d’encourager la qualité et la mise en réseau. Le programme de préservation des ressources est un troisième élément permettant de traiter des problèmes concrets dans des régions déficitaires, ce qu’un programme national comme les PER n’est pas en mesure de faire.

Les déclarations des auteurs concernant l’avenir et l’ouverture du marché sont intéressantes. Une agriculture qui ne produirait plus que du lait et de la viande n’entre pas dans les vues de l’USP. C’est pourquoi nous luttons contre un accord global de libre-échange agroalimentaire avec l’UE et contre d’autres démarches visant un démantèlement exagéré de la protection douanière. Dans ce domaine, nous serions fort heureux de recevoir quelques appuis!

Par Jacques Bourgeois, directeur de l’Union suissedes paysans

Infos utiles
Weissbuch Landwirtschaft Schweiz, par Andreas Bosshard, Markus Jenny et Felix Schläpfer, Editions Haupt, Berne.