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Du bon sens afin de vivre en harmonie


La cohabitation n’est pas toujours facile en zone agricole, mais en faisant preuve de bon sens dans ses comportements, on évite bien des conflits.

 

Les proverbes sur les relations entre voisins ne manquent pas. Leur richesse témoigne d’ailleurs de la diversité des conflits de voisinage possibles. Si, par exemple, «Les bonnes clôtures font les bons voisins», cela se complique en milieu rural, car les limites sont souvent plus floues.

Le travail agricole est par nature bruyant, parfois odorant et soumis aux aléas de la météo. Il peut donc importuner les voisins. De l’autre côté, les agriculteurs doivent composer avec des promeneurs et leurs chiens, avec des gens qui traversent les champs et causent des dégâts aux cultures, avec des déchets abandonnés et avec une frange de la population pas toujours au fait de ce qu’implique l’agriculture. Et comme les zones de cohabitation entre agriculteurs et riverains s’étendent, les risques de conflits sont d’autant plus nombreux.
 
Nombreux exemples
Il n’est d’ailleurs pas nécessaire de chercher bien longtemps dans les journaux ou sur internet pour trouver des exemples. Signe d’une exaspération? La plupart des agriculteurs concernés sont tout à fait enclins à témoigner.

En août dernier, Philippe Lachat, agriculteur à Réclère (JU), a découvert qu’une partie de son champ de maïs avait été saccagée par des enfants, par jeu. Les dégâts concernaient 300 m2 de surface pour quelques centaines de francs, d’après Radio fréquence Jura qui a rapporté ce fait divers. Dans le canton de Neuchâtel, à Savagnier, deux habitants se plaignaient récemment du fait que l’agriculteur qui exploite la parcelle faisant face à leur terrasse ait semé du maïs, leur bouchant la vue sur le lac. Toujours dans le Val-de-Ruz, un agriculteur a retrouvé son champ de blé endommagé par un inconnu ayant dessiné un «crop circle»… de 35 mètres de diamètre tout de même! A Vufflens-la-Ville dans le canton de Vaud, Olivier Duperrut a dû se battre pour laisser les cloches à ses génisses: on lui demandait de les enlever la nuit, conformément au règlement de police communal, car elles importunaient des voisins. Toujours sur Vaud, un entrepreneur de travaux s’est vu arrêter en pleine moisson nocturne par un élu local dérangé par le bruit. A Fribourg, un agriculteur excédé du passage répété de jeunes dans ses prés en avait interdit l’accès par une affichette… immédiatement remplacée par une autre, anonyme, clamant, sur des bases douteuses, le droit à traverser prés et pâturages.
 
Charge émotionnelle
Les médias étrangers regorgent aussi de telles histoires. Et leur charge émotionnelle est élevée, en témoignent les commentaires laissés par les internautes sur certains sites: «Ras-le-bol des citadins qui s’installent dans la campagne!», clame un agriculteur, qui se sent empêché de faire son travail.

«Je trouve inadmissible de nous mettre des bâtons dans les roues», renchérit l’entrepreneur vaudois stoppé dans sa moisson. «On travaille jour et nuit pour fournir des aliments et on nous en empêche! Je vous assure que lorsqu’on m’a arrêté en plein travail, j’en ai été tout retourné. Je n’ai pas pu continuer le lendemain et pourtant j’étais dans mon droit, même en pleine nuit», témoigne-t-il.
 
Du bon sens et du dialogue
«Le bon sens devrait guider les comportements des uns et des autres», encourage Michel Darbellay, directeur de la Chambre jurassienne d’agriculture (CJA). C’est d’ailleurs la démarche d’Olivier Duperrut afin de favoriser une cohabitation harmonieuse entre ceux qui travaillent et ceux qui vivent à la campagne: «Nous nous efforçons de faire attention à ce que cela se passe bien. On évite, par exemple, de puriner la veille d’un jour férié», explique l’agriculteur, municipal de Vufflens-la-Ville. «Nous n’avons pas autrement de conflits avec la population. Le problème avec mes génisses était un cas isolé, mais il est réglé, car les «plaignants» ont déménagé», ajoute-t-il.

Dans les cas tendus, Michel Darbellay conseille aux agriculteurs de «tenter de désamorcer les situations critiques en expliquant ce qu’ils font et pourquoi, sans s’énerver».

Pas toujours évident

Lorsque le dialogue n’est pas possible ou lorsque la volonté de nuire est délibérée, la voie de la justice est envisageable. Car malgré les efforts, il n’est pas toujours aisé de s’entendre. Philippe Lachat a eu de la peine à faire reconnaître à leurs auteurs l’importance des dégâts causés à son champ de maïs. «Il est parfois très difficile de dialoguer. Avec certains, c’est possible d’entrer en contact en disant les choses gentiment. Avec d’autres, non, il y a un réel manque de respect et d’éducation. Dans le cas de mon champ de maïs, c’est seulement en présence de l’expert que j’ai mandaté que les parents des enfants fautifs ont reconnu leur responsabilité. Mais il a vraiment fallu insister.»
D’autant que dans ce cas, le dommage ne se limite pas forcément aux épis arrachés. «S’ils ont laissé des objets dans le champ, même un bout de bois, cela peut causer une casse se chiffrant en milliers de francs au moment de la récolte», déplore le Jurassien.
 
Continuer à informer

Les riverains qui se plaignent des nuisances ou qui ne respectent pas prés et champs sont-ils à ce point mal informés de ce qu’est le travail agricole? Pour Yann Huguelit, directeur de la CNAV, l’information est suffisante, mais dans les zones rurales qui se sont fortement bâties ces dernières années, la cohabitation peut être encore difficile. «Il faudrait sans doute davantage aller à la rencontre des associations de promeneurs pour les informer, renforcer le volet communication», propose-t-il. «On sent quand même une certaine frustration chez les agriculteurs. Certains citadins doivent aussi comprendre que vivre à la campagne comporte des contraintes et que la zone agricole n’est pas qu’une zone de délassement. Nous pouvons réexpliquer les choses, mais nous ne pouvons pas changer les mentalités», concède-t-il.

Elise Frioud, 13 octobre 2017

 

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DES RÈGLES POUR UN COMPORTEMENT RESPECTUEUX

 

 


Pour favoriser le «vivre ensemble» à la campagne, l’Agence d’information agricole romande AGIR diffuse une brochure qui donne des conseils tant aux agriculteurs qu’aux promeneurs et rappelle les règles de bon comportement les uns vis-à-vis des autres.
Ainsi, il est conseillé aux paysans:

  • de permettre aux voitures de dépasser les machines agricoles en se mettant de temps en temps sur le bas-côté de la route;
  • de planifier les travaux de manière à gêner le moins possible les habitants des zones rurales: éviter de puriner ou d’effectuer des travaux bruyants le week-end;
  • de veiller à ce que la route ne soit pas salie démesurément après les transports agricoles ou le passage d’animaux;
  • de manière générale, de soigner l’image de l’agriculture. La propreté et l’ordre sur la ferme sont une carte de visite pour l’agriculteur et pour l’agriculture, d’autant plus si l’on pratique la vente directe ou l’accueil à la ferme, rappelle l’agence AGIR. Favoriser le dialogue permet également une meilleure compréhension mutuelle, d’autant que beaucoup de gens s’intéressent à l’agriculture;

 

La brochure s’adresse aussi aux promeneurs, à qui il est conseillé de:

  • surveiller les chiens pour éviter qu’ils ne souillent les prés avec leurs déjections, qu’ils ne dérangent le bétail ou ne salissent les abreuvoirs;
  • respecter les animaux dans les prés: refermer soigneusement les clôtures, garder ses distances avec les troupeaux et chiens de protection en montagne pour assurer leur tranquillité, ne pas jeter de déchets dans les prés et les champs pour éviter les maladies chez les animaux;
  • respecter les cultures: les promeneurs ne doivent pas traverser les cultures à pied, à cheval ou à vélo, ils ne doivent pas non plus se servir de fruits et légumes ni parquer leurs véhicules dans les prés et champs. Les espaces cultivés sont une source de revenu pour les agriculteurs et l’herbe piétinée ne peut plus être récoltée, rappelle la brochure.

ÉF, 13 octobre 2017

 

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LES PROCÉDURES JUDICIAIRES SONT RARES


Lors des conflits, les choses se règlent généralement avant d’en arriver à des procédures judiciaires. «Souvent, le jeu n’en vaut pas la chandelle, d’autant que les quelques moyens qui existent sont compliqués à mettre en œuvre», indique Jérôme Huber, juriste auprès de Prométerre. Les conflits s’arrangent ainsi généralement par épuisement. «On encourage les exploitants à faire des efforts. On conseille par exemple aux éleveurs de ne pas mettre les plus gros toupins aux vaches et de ne pas placer le bac à sel juste sous les fenêtres de ses voisins ou encore de ne pas attendre la der des ders pour les travaux agricoles», illustre-t-il.

 

Accès aux pâturages
Si la jurisprudence est parfois la référence en l’absence de base juridique, quelques règles sont établies. Ainsi, selon le Code civil, les agriculteurs sont tenus de garantir l’accès aux pâturages aux promeneurs. Dans le domaine des routes, l’Ordonnance sur la circulation routière précise que les chaussées souillées doivent être nettoyées. C’est davantage une question de sécurité que de propreté. C’est aussi une manière de donner une bonne image du monde agricole.

 

Code de bonne conduite
Enfin, les règlements communaux dictent également certains codes de «bonne conduite» par rapport aux nuisances. Ainsi, les heures d’utilisation des machines bruyantes sont généralement réglementées, tout comme l’épandage d’engrais nauséabonds. «Dans les communes de plus en plus ci-tadines, qui deviennent plus strictes, les agriculteurs peuvent rencontrer des difficultés et parfois être contraints d’enfreindre les règlements», indique Jérôme Huber à ce propos.
ÉF, 13 octobre 2017


 

 

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