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Une étable entièrement automatisée


L’élevage n’échappe pas à l’automatisation et au smart farming. Grâce aux robots, les éleveurs ont davantage de temps pour surveiller leurs animaux. A condition d’accepter que leur métier évolue.


automatisation


Installé à son ordinateur, Beat Sticher, agriculteur à Mannens (FR), décortique les données de son troupeau. Calanda doit être contrôlée pour une mammite. Japan est prête à être inséminée. Pendant ce temps, sous ses yeux, des vaches défilent au robot de traite tandis que d’autres profitent d’une ration fraîchement distribuée par un automate.

Robots et logiciels prennent une place toujours plus importante sur les fermes. Le développement du smart farming permet de réduire la pénibilité de certaines tâches, d’agrandir les exploitations et de gagner en performance. L’élevage n’y échappe pas. Ce sont les premiers robots de traite installés dans les étables il y a une vingtaine d’années en Suisse qui ont ouvert la voie de l’automatisation. Depuis, des automates ont été développés pour la préparation et la distribution du fourrage et pour le raclage des couloirs.

Ces outils ne sont plus réservés aux plus gros troupeaux et commencent à se démocratiser. «Delaval installe entre 30 et 40 robots par année. C’est un investissement facile à amortir dès que la production atteint 250 000 à 300 000 kilos de lait», indique Fabrice Tâche, chef de vente régional chez Delaval.
 
Moins de main-d’oeuvre
Beat Sticher a justement opté pour une étable entièrement automatisée lorsqu’il a planifié sa construction en 2016. L’éleveur gère aujourd’hui un troupeau d’une centaine de vaches de race Holstein produisant 8500 kg de lait en moyenne. A terme, il prévoit de loger 150 laitières dans sa stabulation. Seul sur l’exploitation avec son épouse et un ouvrier, il a choisi d’automatiser la traite et la distribution du fourrage. Il a donc acquis deux robots de traite VMS Delaval et un distributeur à fourrage grossier Optimat Delaval. «Dans mon ancien bâtiment, j’avais une salle de traite 2 fois 7 places. Pour traire toutes les vaches, il fallait jusqu’à trois heures et demie, deux fois par jour. Cela occupait quasiment un employé à temps complet! En passant à la traite automatisée, j’ai pu diminuer ma charge salariale», justifie l’éleveur.

L’agriculteur a également opté pour un robot d’affouragement. Avantage de la distribution automatisée: moins de manutentions, une ration fraîche en permanence, peu de refus, et une circulation optimale des animaux qui sont incités à aller manger quand le distributeur passe, puis vont naturellement se faire traire. «Je vais chercher seulement  une ou deux vaches matin et soir, dont une vieille de quinze ans qui a toujours attendu qu’on vienne la conduire pour aller se faire traire», explique l’éleveur.

Dernier équipement mécanisé chez Beat Sticher: le raclage. «Au niveau du nettoyage des aires de circulation, on constate que les exploitants partent toujours plus en automatique. Lorsque le racleur passe toutes les deux heures, on améliore les problèmes de pied et les pertes d’ammoniac. C’est d’autant plus valable avec de grands troupeaux», insiste Hugo Stucki, également chef de vente régional chez Delaval.
 
Collecte de données
Le robot de traite Delaval intègre un compteur par quartier qui calcule la quantité de lait produite, le débit, la conductivité et la présence de sang dans le lait. Sur la base de ces mesures, il élabore un indice de détection des mammites. Beat Sticher a opté pour le Herdnavigator de Delaval, un outil supplémentaire qui remplace le compteur de cellules et la mesure de l’activité des bêtes. Ce micro laboratoire analyse le lait de chaque vache quotidiennement et identifie les chaleurs, les mammites et les cétoses, révélatrices de problèmes au niveau de l’affouragement. La mesure en continu de la progestérone permet de détecter avec précision les périodes propices pour l’insémination, même avec des chaleurs silencieuses,ce qui simplifie le travail de l’éleveur. Le système détecte également les mammites avant les signes cliniques. Il est ainsi possible de réagir rapidement et de soigner les bêtes de manière préventive. Un plus pour Beat Sticher et sa femme qui ont beaucoup recours à l’homéopathie.

«Les données récoltées par le robot et le Herdnavigator sont répertoriées sur mon ordinateur que je vérifie deux fois par jour. Je peux également consulter les informations sur mon smartphone ou saisir directement des données», témoigne Beat Sticher. Avec les indications que fournit le robot notamment sur les risques de mammites, l’éleveur ne perd pas de temps à chercher les vaches à problème. Il sait directement lesquelles contrôler. «C’est un grand avantage car cela nous permet de nous en occuper davantage, explique également Beat Sticher. De la sorte, nous pouvons être encore plus pointus.»
 
Un autre rôle
Travailler avec des robots implique toutefois de revoir la vision de son métier. Il faut aimer l’informatique car c’est depuis l’ordinateur que l’on contrôle les différents paramètres. Des tâches automatisées, cela ne signifie par ailleurs pas que l’éleveur n’a plus rien à faire. Les robots nécessitent surveillance et maintenance. L’automatisation ne veut pas non plus dire que l’éleveur n’a plus de lien avec ses animaux et ne les surveille plus. «Au contraire, corrige Beat, j’ai davantage de temps pour les observer.»
 
 
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 Du potentiel pour un coût pas plus élevé

L’automatisation ne se limite pas à la traite, l’affouragement et le raclage. La ventilation et l’éclairage des étables peuvent aussi être gérés automatiquement. Le paillage/nettoyage des logettes et aires de repos, qui reste encore majoritairement manuel, pourrait également l’être. D’après Stéphane Charles, ex-dirigeant de Lely, interrogé dans la revue RéussirLait en 2014, il y a encore des possibilités d’automatisation dans les élevages. Les robots de traite et d’affouragement pourraient gagner en sécurité, en efficacité et devenir plus performants dans la collecte de données. Des robots pourraient également se développer pour gérer le pâturage (gestion des clôtures et choix des parcelles à pâturer). De quoi soulager les éleveurs qui auront à piloter des exploitations toujours plus grandes, estime le spécialiste.

Grégoire Duboux, responsable des ventes pour Lely en Suisse romande, est aussi d’avis que l’automatisation a un bel avenir. «Depuis cinq ans, nous avons passé un seuil. L’automatisation est rentrée dans les moeurs des éleveurs et il y a encore un potentiel de développement sur lequel parie d’ailleurs Lely», explique le conseiller de la firme. La mise en valeur des données collectées ouvre aussi des possibilités, explique le spécialiste. «Les agriculteurs utilisent seulement une petite partie des informations recueillies sur les animaux. Pourtant, elles sont disponibles, il faut les exploiter! Beaucoup réfléchissent encore au niveau du troupeau, alors que les outils actuels permettent de procéder animal par animal.»

Pas plus onéreux

Autre atout de ces technologies, elles ne sont pas forcément plus chères que leur équivalent manuel. A Mannens,  l’investissement total dans la stabulation s’est monté à 17 000 francs/UGB, sans le stockage du fourrage, déjà assuré. Les équipements ont un certain coût, mais il est compensé par un bâtiment de moindre taille. «Un robot coûte autour de 185 000 francs, pose comprise, mais il fait économiser du volume par rapport à une salle de traite, explique Hugo Stucki. Même chose au niveau de l’affouragement: avec un robot, la fourragère peut être prévue moins large: ici on gagne 6 mètres de largeur sur un édifice de 70 mètres de longueur. En fait, en automatisant, on conçoit tout le bâtiment différemment.»
 
Idem pour la collecte de données. S’il faut tout de même compter 50 000 à 60 000 francs à l’achat pour le Herdnavigator, plus 90 francs par bête et par année, il semble que l’investissement en vaille la peine. «Avant, nous proposions ce système aux exploitations de plus de 100 vaches, évalue Fabrice Tâche. Aujourd’hui, j’estime que l’investissement est valable dès 50 vaches. En effet, il fait économiser des frais de vétérinaire et permet une meilleure efficacité de la reproduction. Avec ce genre d’équipement, on se trouve toujours dans le préventif et non dans le curatif, ce qui permet d’agir à temps. Le retour sur investissement est donc assez rapide.» «A mon avis, c’est vite amorti», juge d’ailleurs un agriculteur de la région, qui visite l’exploitation de Beat Sticker ce jour-là pour affiner son propre projet de construction.
 
Un point de vue partagé par Grégoire Duboux: «Depuis quelques années, sur du neuf et à option égale, l’automatisation ne coûte pas plus cher car en Suisse, les coûts de maçonnerie sont élevés».
ÉF, 17 novembre 2017

 

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