La luzerne présente des atouts, mais son utilisation doit être raisonnée

 

La luzerne peut trouver sa place dans la ration des laitières et contribuer à améliorer l’autonomie alimentaire. Mais elle doit être bien récoltée, bien conservée et surtout bien pensée dans le système de production.


La luzerne peine à séduire. En effet, même si elle présente différentes caractéristiques intéressantes, à l’instar des légumineuses, c’est un fourrage exigeant qui présente des fragilités. Ainsi, sa valorisation au pâturage est très difficile en raison du risque de météorisation. Sa récolte et sa conservation sont délicates. Son prix n’est pas toujours concurrentiel face aux solutions alternatives.

Cette légumineuse fourragère peut pourtant parfaitement trouver sa place dans la ration si son utilisation est bien réfléchie en termes de rapport coût/bénéfice. Et cela, tant en élevage laitier qu’allaitant, analyse Benoît Rouillé de l’Institut de l’élevage, en France. Le spécialiste en alimentation des vaches laitières a fait le point sur la valorisation de la luzerne dans l’affouragement des vaches laitières lors d’un cours organisé à l’Institut agricole de Grangeneuve début février.

Riche en protéines
La luzerne est l’espèce qui produit le plus de protéines à l’hectare: 1,8 à 2,4 tonnes. Elle résiste à la sécheresse et aux températures élevées et représente donc une bonne alternative au maïs fourrager dans les zones sensibles au sec, car elle permet de sécuriser le système fourrager.

En substitution à l’ensilage de maïs, la luzerne permet d’augmenter l’apport protéique de la ration tout en améliorant la fibrosité des rations. C’est en revanche un fourrage peu riche en énergie, un paramètre à prendre en compte dans l’équilibre des rations.

Divers bénéfices
La luzerne possède également un pouvoir tampon important, un facteur intéressant pour lutter contre l’acidose et ses troubles associés. D’autres composants de la luzerne offriraient une meilleure résistance aux infections et favoriseraient la reproduction, mais ces effets sont difficiles à prouver expérimentalement.

En revanche, les tanins qu’elle contient exercent un effet positif dans la lutte contre le parasitisme. Quant à son action bénéfique sur le taux d’oméga 3, il est comparable à celui des graines de lin déshydratées. D’ailleurs, Benoît Rouillé l’a rappelé: l’objectif au niveau des acides gras est d’obtenir une ration dont le rapport oméga 6-oméga 3 est inférieur à 5. On atteint cet objectif dès que la ration comporte au moins 25% d’herbe.

Plusieurs formes d’utilisation
Il est possible d’affourager la luzerne sous différentes formes.

La luzerne peut être pâturée mais il faut prendre en compte le risque de météorisation, qui est important. Il est conseillé de pâturer des repousses (3e ou 4e coupe) et de ne pas pâturer à jeun. Il est conseillé, également, de mélanger avec des graminées pour réduire le risque de météorisation et de pâturer sur quelques heures seulement, de manière assez intensive.

L’affouragement en vert est très marginal car il a un coût énergétique important. La luzerne sur pied compte ainsi 5,5 MJ NEL, 104 g PAIE et 140 g PAIN au stade 3.

L’ensilage (30-35% de MS) permet une meilleure conservation de l’énergie que le foin, mais sa valeur alimentaire (notamment protéique) est variable selon le stade de récolte. Au stade 3, un ensilage de luzerne compte 5,3 MJ NEL, 75 g PAIE et 138 g PAIN.

L’enrubannage possède des valeurs alimentaires proches d’un bon foin. C’est une forme d’utilisation assez répandue en France car elle permet de récolter de petites surfaces à la fois sans avoir à engager un gros chantier de récolte. La teneur en matière sèche recommandée est de 55% environ. Les variétés à tiges fines sont préférables pour éviter de percer les plastiques.

Le foin de luzerne est moins riche en énergie que les autres formes d’utilisation, mais ses valeurs en protéines restent élevées pour un foin. Au stade 3, un foin de luzerne affiche des teneurs de 5 MJ NEL, 92 g PAIE et 119 g PAIN.

La luzerne déshydratée trouve bien sa place dans les rations. Une luzerne à 18-19% de matière azotée totale présente des valeurs de 4,7 NEL, 104 g PDIE par kg de MS et 120 g PDIN par kg de MS (attention, données de l’Institut de l’élevage, France, exprimées en protéines digestibles). Elle se situe  ainsi entre un ensilage de maïs et un tourteau de soja ou de colza.

Plus de 8000 tonnes de pellets importés
En Suisse, la luzerne est très peu cultivée. Selon les données de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG), les quantités de pellets importées tournent depuis plusieurs années autour de 8000 tonnes pour une valeur d’environ 2 millions de francs. «Il n’est pas possible d’estimer les quantités précises importées sous forme de foin car le foin de luzerne entre dans la même catégorie que le foin classique», explique par contre Walter Ingold de l’OFAG. Les importations de foin ont atteint près de 156 000 tonnes l’an passé pour une valeur de plus de 36 millions de francs. «La luzerne est essentiellement importée depuis la France pour des questions de distance, de disponibilité et de standard de qualité. Suivent l’Allemagne, l’Espage et l’Italie. Mais les marchés s’ouvrent de plus en plus vers l’Est», explique Barbara Beer de la société Agrokommerz.
Elise Frioud, 17 février 2017

Votre avis
L’autonomie alimentaire, est-ce un objectif que vous visez dans votre exploitation?

Votre réponse: journal@agrihebdo.ch, fax 021 613 06 40
 
> Si vous souhaitez lire la suite de cet article dans l'e-paper (en page 3), vous devez disposer de votre mot de passe pour accéder à l'Espace abonné:  http://www.agrihebdo.ch/newspaper/

 

 

Prix du marché

Chaque semaine, suivez l'évolution des prix du marché de la viande, en conventionnel ou sous label: bovins, porcs, ovins. Consultez aussi les prix de la vente directe, des marchés surveillés et de Proviande.

Conseil de saison


Le conseil de saison est accessible en ligne aux abonnés chaque mercredi, avec parution une semaine sur deux.

Voyages

Île de Madère


Du 23 au 29 avril 2017, Agri vous emmène à l'île Madère, dans l'Atlantique, près des côtes africaines. Appartenant au Portugal, l'île produit des bananes destinées au marché local et métropolitain, des fleurs, et le vin de Madère qui jouit d'une grande réputation à l'exportation. Dans la vallée du nord (photo), les habitants exploitent la moindre parcelle de terrain qui n'est pas trop en pente en créant des terrasses.

Pour en savoir plus...


Brochure PA 14-17

Politique agricole 2014-2017

Agri et l’OFAG proposent en libre accès un document PDF regroupant la série «Dossier PA 2014-2017» publiée du 1er novembre 2013 au 2 mai 2014.

 Av des Jordils 1 - CP 1080 - 1001 Lausanne - Tél 021 613 06 46 - Fax 021 613 06 40 -

Site web réalisé par www.webexpert.ch

Actualités

Cette semaine

Dossiers

Prix du marché

Photos / Vidéos

Archives

Voyages